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connaîtrait le mode d’attelage qui permet d’utiliser le plus complètement la force des chevaux. On ne condamnerait plus les jeunes gens à des exercices qui les fatiguent sans profit réel, on n’écraserait pas les soldats sous une charge ridicule qui diminue leur ressort.

L’étude approfondie de la locomotion des animaux aquatiques ne serait pas moins féconde pour la navigation. On a fait cette remarque, que la carène du navire était taillée sur le patron de l’oiseau nageur, et que la voile imitait l’aile du cygne gonflée par le vent. Borelli, en prenant pour modèle le poisson, traçait, il y a deux cents ans, les épures d’un bateau plongeur qui était un véritable monitor. Tout récemment d’ingénieux constructeurs, parmi lesquels nous citerons M. Ciotti, ont tenté d’employer comme propulseur un appareil qui fonctionne à la manière de la queue du poisson, et leurs premiers essais ont été couronnés de succès. En tout cas, il semble a priori fort rationnel de s’engager dans cette voie, où nous avons la nature elle-même pour guide. Parlons enfin de la navigation aérienne. Au lieu de frapper toujours à la porte des mathématiciens, qui se déclarent impuissans à trouver la formule pour réaliser ce rêve, ne vaut-il pas mieux s’adresser aux créatures ailées qui sous nos yeux pratiquent avec tant d’aisance le vol plané et le vol ramé ? Il y a dans cette simple réflexion l’espoir, je dirais presque la certitude du succès : il ne s’agit que de surprendre le secret de l’oiseau, il n’y aurait plus alors qu’un pas à faire pour entrer en lutte avec lui. Les recherches de M. Marey sur le vol des insectes et des oiseaux ont déjà beaucoup contribué à éclairer les abords du problème, et les tentatives qu’il a faites pour reproduire artificiellement les effets des battemens d’ailes ont prouvé que ses conclusions théoriques reposaient sur une base sérieuse. Tout récemment M. Alphonse Penaud a obtenu dans cette direction des résultats encore plus satisfaisans. Il faudra évidemment comparer sans cesse ces automates à l’oiseau véritable en les soumettant avec ce dernier aux mêmes procédés d’analyse, et chercher à rapprocher de plus en plus les mécanismes artificiels de celui que la nature a inventé pour arriver à ses fins. On peut dire hardiment dès à présent que le problème n’est point insoluble, et la grandeur du but soutiendra le zèle des chercheurs. Déjà certaines expériences de M. Penaud ont fait entrevoir la possibilité de réduire dans une très forte proportion le poids des moteurs par rapport au travail effectif qu’ils peuvent fournir; or c’est là le point capital, car jusqu’à présent l’application de l’hélice à la navigation aérienne rencontrait un obstacle en apparence insurmontable dans le poids des machines qu’il aurait fallu enlever et soutenir en l’air.


R. RADAU.


Le directeur-gérant, C. BULOZ.