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six mois. » Le 13 juin, M. Ruiz Zorrilla était mandé et chargé de former un cabinet ; le 30 juin, il dissolvait les cortès, et le 24 août les élections donnaient une chambre composée presque en entier de radicaux et de républicains. « Voilà mon dernier coup de dés ! » pensait sûrement le roi. A vrai dire, en rentrant en servitude, il avait plié sous les exigences de la situation.

Cependant, on doit l’avouer, de toutes les conduites qu’il pouvait tenir, il avait adopté la plus imprudente. Il avait eu des velléités d’indépendance, et après avoir pris le large il revenait sur ses pas. Il n’y avait gagné que de se brouiller avec tout le monde. Il s’était à jamais aliéné le bon vouloir des conservateurs en traitant avec eux et rompant les négociations, et plus encore par la dissolution d’une chambre où ils avaient la majorité. Ce qui était plus grave, il avait inquiété, irrité les radicaux, qui ne lui pardonnaient pas d’avoir voulu secouer leur pesante tutelle. Cette tentative avortée avait eu pour premier effet de les rejeter du côté des républicains. On les avait vus, sous le ministère Sagasta, former avec eux une coalition électorale ; leur commune défaite avait resserré leur alliance, et il s’en était suivi des pourparlers bien dangereux pour la couronne. Assurément il est faux de dire que tous les visages des radicaux étaient « noirs comme des consciences de traîtres. » Il n’en est pas moins vrai que, lorsque le roi revint à eux, leurs dispositions étaient sensiblement changées. Nombre d’entre eux, détrompés d’une idole dont ils pensaient avoir à se plaindre, se disant qu’ils avaient accepté la monarchie à titre d’essai et que cet essai avait mal réussi, se regardaient comme déliés de leurs engagemens, et par une prévoyance excessive à laquelle il est difficile de trouver un nom, admettant le cas de la proclamation prochaine de la république, ils avaient traité avec les républicains pour en obtenir des garanties qu’on n’avait garde de leur refuser. Quant au chef du cabinet, M. Ruiz Zorrilla, il n’y a aucune raison de croire qu’il ait travaillé sciemment et délibérément à une révolution qui devait lui ôter le pouvoir et le reléguer en Portugal ; mais il a subi des entraînemens dont il ne pressentait pas les conséquences. Sa bonne foi surprise a autorisé de perfides menées qui l’ont conduit plus loin qu’il ne pensait. Il s’est trouvé qu’un jour il a dû choisir entre son parti et son roi, et qu’il a sacrifié son roi à son parti.

Les républicains, ainsi que le groupe des radicaux secrètement ralliés à la république comme à un régime inévitable dont ils se ménageaient les bonnes grâces, attendaient une occasion. Le hasard les servit bien, comme il sert toujours les gens qui savent nettement ce qu’ils veulent. Ils avaient insinué à ceux de leurs amis qui tenaient encore au roi, pourvu qu’il fût docile, mais qui se