Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/952

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ment pour décourager ceux qui auraient pu croire sérieusement au septennat et pour donner pleine satisfaction aux légitimistes, qui s’occupent avec le zèle le plus consciencieux à le remplacer le plus tôt possible ! En affirmant « l’ordre de choses établi, » il a voulu parler, non de l’ordre institué le 19 novembre, mais de l’ordre qui sera établi aussitôt qu’on le pourra ! On s’est même vanté discrètement d’avoir obtenu la modification de quelques paroles un peu plus accentuées qui auraient été prononcées d’abord par M. le maréchal de Mac-Mahon, et c’est ainsi que les légitimistes prétendent aider M. le président de la république à inspirer la confiance dans la stabilité d’un régime qu’ils ont contribué à créer, dont ils restent en vérité les alliés fort onéreux !

Qu’en résulte-t-il ? La conséquence est aussi claire qu’inévitable. Avec la meilleure volonté, on éprouve des perplexités singulières lorsqu’on voit la démarche la plus simple, la plus loyale, dénaturée par l’esprit de parti, exposée aux interprétations les plus abusives, les plus contraires évidemment à l’intention qui a dicté l’acte accompli par M. le président de la république. La confiance qu’on s’efforce justement de provoquer se sent paralysée par ces menaces d’agitations, nouvelles venant de ceux qui se donnent sans cesse comme les conservateurs privilégiés, comme les auxiliaires indispensables du régime actuel. L’opinion déconcertée se perd au milieu de toutes ces explications et de ces rectifications dont il faut faire suivre chaque manifestation officielle au premier signe de mécontentement ou de susceptibilité dans l’une des fractions de cette majorité qu’on veut avant tout maintenir compacte. On s’épuise à cette œuvre sans arriver à rien, sans sortir de ce malaise intime et indéfinissable dont on ne demande pourtant qu’à s’affranchir. Le gouvernement est le premier à en subir les conséquences, il le sent bien, puisqu’il est le premier à porter le fardeau de ces conditions laborieuses. Par sa situation même, il se croit tenu sans doute à des transactions, à des ménagemens à l’aide desquels il évite ou ajourne des crises ; mais il ne voit pas que, pour retenir des amis dangereux qu’il ne réussit pas même à convaincre, qu’il ne désarme quelquefois que par des concessions compromettantes, il prolonge une situation sans issue, et il rend de plus en plus difficiles des alliances avec lesquelles pourrait se former une majorité nouvelle acceptant pour programme l’organisation de ce gouvernement qu’on a voulu fonder, qu’on a offert à la France comme un gage de stabilité. Le gouvernement ne s’aperçoit pas qu’au lieu de donner l’impulsion il s’expose à paraître la subir, et que c’est là la raison de cette équivoque qui le compromet, dont il est le premier à souffrir. Si le ministère veut savoir où sont ses adversaires les plus dangereux, il n’a qu’à regarder autour de lui parmi ceux qui lui marchandent un appui précaire, qui ne lui rendent certes pas toujours ménagemens pour ménagemens.