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Bazeilles à Floing, dominant la vallée de la Givonne par les hauteurs de La Moncelle, de Daigny, faisant face au nord par le calvaire d’Illy, point culminant de ce plateau où s’étend, comme pour servir d’abri et de défense, le bois de la Garenne.

Étendez votre regard tout autour du haut du plateau d’Illy, un autre spectacle saisissant se déroule aussitôt : de toutes parts, à peu de distance, apparaissent des positions dominantes et plus fortes encore. Ainsi, devant Bazeilles et Sedan, sur la rive gauche de la Meuse, se déploie tout un amphithéâtre de hauteurs, les Noyers, le Liry, les bois de la Marfée, où le prince Frédéric-Maurice livrait autrefois bataille au maréchal de Châtillon, envoyé par Richelieu, le Frenois, la Croix-Piot, qui domine le pays, qui surplombe Donchery et le cours de la Meuse au-dessous de Sedan. En face des hauteurs de La Moncelle, de Daigny, de l’autre côté de la vallée de la Givonne se déroulent les positions du bois Chevalier, les coteaux qui depuis Carignan bordent la vallée du Chiers. Au nord, au-delà de la dépression d’Illy, le terrain se relève vers Fleigneux ; on a devant soi les vastes et épaisses forêts qui touchent à la Belgique, à travers lesquelles se dessine la route qui conduit de Sedan à Bouillon. Plus loin, au-delà de Floing et faisant suite aux pentes de Fleigneux, ce sont les coteaux de Saint-Menges, le Hattoy, les bois de La Falizette, le pic de Sugnon, Vrigne-aux-Bois, se reliant avec Donchery. C’est une série presque ininterrompue de bois, de hauteurs s’élevant par degrés, de sorte qu’on a sous les yeux un amphithéâtre immense aux étages superposés, comme un vaste cirque formé par la nature, avec un cercle intérieur resserré sur Sedan et un cercle extérieur dominant tout le cours de la Meuse, la ville, le plateau de Sedan, fermant toutes les issues et tous les passages, par Mouzon comme par Mézières, par la Belgique comme par le sud. C’est là le champ de bataille où couraient deux armées, l’une cherchant à s’échapper après l’affaire de Beaumont, qui lui fermait la route de Montmédy, l’autre s’efforçant d’atteindre l’armée fugitive pour la contraindre à combattre ou l’envelopper de ses replis, — et maintenant tout allait se précipiter.

Dès la nuit du 30 au 31, le mouvement français avait commencé. Le maréchal de Mac-Mahon lui-même, précédé dans la soirée par l’empereur, arrivait à Sedan vers minuit. Ses troupes le suivaient ou allaient se mettre en route au matin pour se concentrer dans la journée autour de Sedan. Elles devaient prendre précisément ces positions qui couronnent la ville, le 12e corps de Lebrun sur les hauteurs de La Moncelle et à Bazeilles, faisant face à la Meuse, le 1er corps se repliant à la gauche de Lebrun sur les crêtes qui dominent la vallée de la Givonne, Daigny, — le 7e corps, en arrière de Floing, se reliant à Ducrot par le plateau d’Illy. Quant au 5e corps, dont le