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général de Palikao avait le triste courage de lui répondre dans de pareils momens : « Je suis surpris du peu de renseignemens que M. le maréchal de Mac-Mahon donne au ministre de la guerre ;… votre dépêche ne m’explique pas la cause de votre marche en arrière ; vous avez donc éprouvé un revers ? »

Ce n’était point effectivement une victoire qui avait été remportée à Beaumont, et qu’on remarque bien ce fait saisissant : depuis qu’il a quitté Reims, Mac-Mahon ne cesse d’être partagé entre toutes les obsessions et ses propres instincts ; il flotte entre deux directions. On le pousse vers Montmédy et Metz, il veut revenir sur Mézières, il tombe sur Sedan ! Sedan n’est plus ainsi un hasard ; c’est la résultante de tout ce qui s’accomplit depuis huit jours. On dirait qu’un destin implacable a désigné d’avance la malheureuse ville comme le point mystérieux où doit expirer le dernier effort d’une armée française, où va s’achever la grande manœuvre de l’ennemi, impatient de saisir et d’étreindre sa proie.


V

Quel est donc ce champ de bataille où vont se rencontrer comme au fatal rendez-vous de si grandes masses humaines, où va s’accomplir une des plus tragiques péripéties de la guerre ? Sedan, la ville même de Sedan n’est qu’un réduit, un dernier refuge, avec son vieux château qui la surmonte et ses vieux remparts qui ne lui font plus qu’une impuissante cuirasse contre l’artillerie moderne. Le vrai champ de bataille est tout autour, irrégulier, tourmenté, marqué néanmoins dans son ensemble d’une certaine unité frappante, formant un vaste cercle que coupe la Meuse de son cours sinueux. A partir de la ville, au-dessus du château et d’un vieux camp qui existe encore, se déploie une sorte de massif central montueux, mouvementé, isolé pour ainsi dire dans sa configuration sur la rive droite de la Meuse. Par le sud et par l’ouest, il s’abaisse vers la Meuse, qui, en arrivant sur Sedan, passe à Bazeilles, au faubourg de Balan, contourne la ville, va former par une boucle vigoureusement dessinée la presqu’île d’Iges, puis se redresse sur la petite ville de Donchery pour s’en aller vers Mézières. A l’est, les pentes assez escarpées sur certains points tombent sur la vallée industrieuse et charmante de la Givonne, qui, venant du nord, trouve sur son chemin tous ces villages de Givonne, Haybes, Daigny, La Moncelle, et va déboucher sur la Meuse, à Bazeilles. Au nord, le groupe montagneux est également circonscrit, à partir de Givonne, par une dépression de terrain où coule le ruisseau d’Illy et de Floing, qui va rejoindre la Meuse au-dessous de Sedan, à la presqu’île d’Iges, C’est tout un ensemble de positions décrivant ainsi un cercle de