Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/159

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jusqu’à la couche du général Ma-yon-long, et l’assassiner ; mais l’astucieux Chinois, soupçonnant quelque trahison, ordonne d’arrêter la nouvelle Judith. Après quelques mois de prison, elle veut fuir ; reconnue seulement alors, l’ordre est donné de la décapiter avec les amis qui s’étaient dévoués pour lui rendre la liberté.

Indépendamment de la rébellion mahométane, le Yunnan est encore souvent exposé dans l’ouest aux passages de bandes errantes de pillards, aux invasions des Miaotse, montagnards féroces qui descendent dans la plaine, tuent ceux qui résistent, font des captifs, ravagent les cultures, prennent ce qui peut être emporté et brûlent ce qui reste. Les armes impériales viennent, il est vrai, d’en faire un grand carnage, mais beaucoup de ces sauvages indigènes se sont réfugiés sur les hauteurs, d’où ils redescendront certainement un jour. On le voit, avant que cette malheureuse province puisse être parcourue dans toute son étendue par les Européens, pour que ses soies, ses riches et abondans minerais puissent circuler sans craindre le pillage et descendre par le Fleuve-Rouge jusqu’aux embouchures du Cuacum, le Céleste-Empire a besoin de garder ses frontières du côté du Thibet, de relever bien des ruines, de donner la vie à des solitudes autrefois fertiles, mais couvertes aujourd’hui d’ossemens humains, enfin de s’attacher une population encore frémissante du joug qui lui est imposé. Pourquoi le dissimuler ? les sympathies des voyageurs européens dans ces régions sont pour les fils du prophète. En ce qui me concerne, je préfère leur fanatisme belliqueux à l’indifférence chinoise, leur orgueilleuse ignorance à la prétendue science momifiée du Céleste, leur croyance en une vie future, dût-elle se perpétuer dans le paradis de Mahomet, au néant où doivent disparaître les disciples de Bouddha.

Les Anglais ont fait et font encore journellement de grands efforts pour ouvrir une route commerciale de leurs provinces du nord-est de l’Inde à celles du sud-ouest de la Chine ; mais un simple coup d’œil sur une carte du plateau central de l’Asie fait comprendre que les montagnes arides qui se dressent dans cette région seront toujours un obstacle insurmontable à des voies de commerce faciles. Depuis que le littoral des Birmans leur est ouvert, les Anglais, ont porté leurs efforts vers le sud et ont tenté de parvenir au Yunnan à travers la Birmanie, en remontant l’Irawady à partir de Rangoun ; pour faciliter l’entreprise, ils n’auraient point hésité à soutenir les rebelles musulmans du Yunnan, si Talifou n’était pas tombé aux mains des impériaux. Le succès du voyage de M. Dupuis a de nouveau réveillé leur jalouse ardeur. Leurs agens ont recommencé à étudier la route navigable qui doit conduire de Rangoun aux frontières de la Chine par Bhamo, l’ancien entrepôt des caravanes. Parmi les projets mis en avant, le meilleur paraît être celui