Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/19

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organiques, si différentes à tous égards, se rencontrent sur ce point et donnent au souverain vis-à-vis de l’église des titres équivalens. La forme synodale n’est point une invention passagère du despotisme, c’est la forme naturelle, logique, nous pourrions dire la forme définitive de l’administration des églises du culte grec. Le respect de leur antiquité pourra préserver les patriarcats orientaux du sort de celui de Moscou ; ils verront leur autorité effective, diminuée se réduire à une sorte de présidence du conseil de gouvernement de l’église. Aujourd’hui même le patriarche de Constantinople est entouré d’un synode sans lequel il ne prend aucune mesure importante. Dans toutes les églises orthodoxes, l’ancienne administration monarchique par patriarche, exarque ou métropolite, doit graduellement céder la place aux autorités collectives.

De cette substitution d’assemblées multiples à l’autorité personnelle des plus hautes dignités ecclésiastiques, il ne suit point que les églises orientales doivent demeurer dans une étroite et perpétuelle dépendance de l’état. La forme synodale n’implique point en elle-même l’asservissement des églises ; elle leur peut assurer une liberté égale, parfois même supérieure à celle que leur offre le patriarcat. De nos jours même, la comparaison entre le saint-synode de Pétersbourg et le patriarche de Constantinople est peu propre à faire regretter au clergé russe cette dernière dignité. « A l’étranger, me disait un Russe en rade de Constantinople, vous pleurez volontiers le patriarcat de Moscou. Connaissez-vous celui du Phanar ? Quand nous aurions un patriarche, quelles seraient en dehors du respect populaire ses garanties d’indépendance ? Votre grand patriarche d’Occident, le pape romain, qui a des sujets et des tributaires spirituels aux quatre coins du globe, ne se trouve pas assez libre dans un état libéral ; il ne voit pour son pouvoir de garanties que dans la souveraineté. Que serait-ce d’un patriarche national isolé en face d’un autocrate ? Il lui faudrait descendre au rang de fonctionnaire révocable ou s’ériger en empereur religieux, en mikado. Vous plaignez en Occident la servitude de notre église, et, quant à l’église de Turquie, vous lui trouvez assez de liberté pour avoir protégé ses maîtres par les armes ; serait-ce que le saint-synode russe est choisi par un prince chrétien et le patriarche byzantin par le sultan ? La main musulmane qui élève à son gré sur la chaire de Constantinople en fait à son gré descendre : nous avons vu des patriarches tour à tour nommés, destitués et renommés ; nous avons vu le synode de Constantinople composé en grande partie d’anciens patriarches déposés. Est-ce là une constitution préférable à celle de notre église ? »

Ce n’est en effet ni l’une ni l’autre forme, ni le synode ni le