Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/233

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étrange encore. En fin de compte, à en croire les témoignages naïfs de leur désappointement, ils auraient voulu être trop habiles et ils seraient tombés dans leur propre piège. Ils auraient pris M. le président de la république pour une respectable utilité consentant à les couvrir de sa tutélaire complaisance, et le maréchal n’a eu qu’à rester lui-même pour déjouer leurs savans calculs, au risque d’ajouter à la confusion dans laquelle ils se débattent. Où peut les conduire le dépit ? Ce n’est pas facile à dire. Leur dernier espoir, leur dernière tactique est de menacer le gouvernement d’une dislocation de majorité, soit par une proposition formelle de restauration monarchique, soit par quelque combinaison, plus et plus provisoire que jamais, qui, en supprimant le titre de président de la république, créerait une sorte de pouvoir neutre, tout personnel au maréchal. Les plus violens parlent déjà de poser nettement la question entre le rétablissement de la monarchie et la dissolution de l’assemblée. Tout cela est en vérité très édifiant, assez triste sans laisser de ressembler à une peu amusante comédie, et ne fait qu’ajouter un chapitre de plus à l’histoire des partis qui ne craignent pas de sacrifier leur pays à leurs préjugés et à leurs passions.

Et cependant il ne faut pas se plaindre. Cette campagne des légitimistes à outrance, à la veille de la rentrée de l’assemblée, n’est pas sans quelque utilité. Elle a cela de bon qu’elle prépare inévitablement des actes décisifs. Elle met plus vivement à nu cette grande nécessité publique d’une solution qui en finisse avec toutes les équivoques ; en laissant éclater au grand jour les arrière-pensées et les prétentions des partis, elle éclaire la situation et ramène aux seules conditions sérieuses où puisse s’établir aujourd’hui un régime de stabilité relative.

Que se passera-t-il aux premiers jours de la session ? Il faut s’attendre un peu à de l’imprévu, à des incidens. Évidemment les questions ne peuvent plus désormais être éludées, elles naîtront en quelque sorte d’elles-mêmes, soit sous la forme de propositions individuelles, soit sous la forme des projets que le gouvernement peut présenter à l’assemblée. Il n’est point impossible même que l’assemblée, pressée par les circonstances, par l’impatience des partis, ne soit maintenant conduite à faire dans la session prochaine ce qui aurait pu être l’œuvre de deux sessions, et qu’au lieu de se borner à discuter, à voter d’abord la loi électorale, elle n’ait à se prononcer sur l’ensemble de l’organisation constitutionnelle, sur l’institution de deux chambres, sur une vice-présidence ou sur le mode de transmission du pouvoir en cas de vacance ; toutes ces questions se lient assez intimement. Qu’on ait temporisé jusqu’ici par des considérations parlementaires, pour éviter des chocs trop prompts et trop vifs, pour ménager les susceptibilités les plus délicates d’une majorité dont on avait besoin, qu’on ait voulu laisser en quelque façon le septennat prendre racine de lui-même, insen-