Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/235

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roi. — Ce qui serait tout aussi peu sérieux, ce serait de dire encore : Nous avons créé un gouvernement, rien n’est plus vrai, il faut bien un gouvernement ; mais nous lui refuserons les moyens de vivre autrement que par notre volonté et pour servir nos desseins. Le septennat n’est qu’un mot ; pas d’institutions, pas de lois organiques dont on pourrait finir par se contenter : un intérim géré par le maréchal de Mac-Mahon, qui est un trop galant homme pour ne pas nous remettre le pouvoir que nous lui avons donné le jour où nous pourrons rappeler le roi, et il peut compter qu’à ce prix nous sommes ses meilleurs amis !

Que les légitimistes de l’extrême droite se l’avouent ou qu’ils ne se l’avouent pas, c’est là le dernier mot de leur système, comme c’est le dernier mot de tous les partis à outrance. Le moment est venu d’en finir avec cette politique de l’impuissance chagrine. Puisque les monarchistes ne peuvent faire la monarchie, qu’ils laissent faire ce qui est possible ! Puisqu’ils ont créé un gouvernement, qu’ils laissent à ceux qui prennent ce gouvernement au sérieux le soin de lui assurer les moyens de vivre ! Évidemment tout un pays ne peut pas rester sous un régime d’intérim indéfini, ne sachant ni ce qu’il est aujourd’hui ni ce qu’il sera demain, attendant tout de l’imprévu, réduit à se demander sans cesse, comme un navire en perdition, vers quel rivage il va être poussé. Une nation n’est pas provisoire. Elle a des affaires extérieures, des obligations, les intérêts permanens de son travail, de son industrie, de son commerce, et pour pouvoir déployer sérieusement, sûrement son activité, elle a besoin, sinon d’un de ces régimes qui ont toujours la prétention de se croire définitifs, du moins d’un certain ensemble d’institutions essentielles qui sont la puissance publique organisée, qui en fixant une situation permettent une certaine confiance. Si la France l’avait oublié, les habiles stratégistes de la légitimité le lui rappellent. Il y a une chose qui n’est pas moins certaine, c’est que M. le président de la république lui-même ne peut plus accepter la position qui lui est faite. Ce n’est pas pour lui une question d’ambition personnelle, il serait au-dessus de telles considérations, c’est une affaire de dignité. L’estime publique a fait de lui un personnage consulaire, et c’est précisément parce que son caractère est une garantie, comme on le dit, qu’il ne peut souffrir plus longtemps de voir son autorité mise en doute, son rôle dénaturé devant la France, ses paroles contestées toutes les fois qu’il parle de l’irrévocabilité de son pouvoir, de la nécessité de l’organisation constitutionnelle. M. le maréchal de Mac-Mahon a pu jusqu’ici, ne point se hâter de réclamer l’exécution des promesses de la loi du 20 novembre, il a pu attendre sans impatience les décisions de l’assemblée en se bornant à maintenir fermement le sens qu’il attache au vote qui l’a fait président de la république pour sept ans. On lui fait sentir aujourd’hui qu’il est temps de dissiper toutes ces obscurités,