Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/237

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avec les partis qui ne voient dans ce pouvoir qu’une fiction, un expédient de circonstance destiné à préparer ou à couvrir d’autres combinaisons.

Tout est là. C’est la question qui va se poser devant l’assemblée ; c’est la question qui pèse sur le ministère lui-même. Le ministère ne peut persévérer dans son système de ménagemens et continuer à chercher des alliés à l’extrême droite qu’en diminuant le caractère et la portée de l’organisation constitutionnelle ; il ne peut trouver des alliés au centre gauche que par un déplacement de direction et de majorité, en se transformant et en cherchant sa force dans des combinaisons nouvelles. De toute façon, il y aura évidemment un parti à prendre. Que les nouvellistes à l’imagination prompte et inventive se soient déjà fait un jeu de composer des listes ministérielles, de former le cabinet de la fusion des centres, les nouvellistes vont un peu vite ; on n’en est pas encore là sans doute. Rien ne paraît devoir être fait avant que les partis se soient dessinés, avant que les premiers incidens ou les premiers débats de la session aient révélé l’esprit, les tendances, des diverses fractions parlementaires. Au fond, le ministère sait bien que ses plus dangereux ennemis aujourd’hui, les véritables ennemis du gouvernement, sont ceux qui ne veulent pas d’une organisation constitutionnelle, parce que c’est la « consolidation de ce qui existe, » parce que c’est à leurs yeux « la république pour sept ans, » et que, toujours selon eux, « là est le danger de la situation. » Le ministère arrivât-il, par les plus habiles combinaisons, par les plus ingénieux arrangemens de rédaction, à désarmer ces intraitables en leur arrachant une adhésion de circonstance à des lois sans précision et sans caractère, ce ne serait encore qu’un expédient qui deviendrait aussitôt un prétexte d’ambiguïtés nouvelles. Ce serait toujours à recommencer. M. le ministre de l’intérieur en serait réduit à reprendre sa campagne de « communiqués » et d’explications extra-parlementaires sur les lois d’organisation comme sur la loi du 20 novembre.

Ou aura beau faire, il n’y a qu’une politique possible, naturelle et simple, c’est le rapprochement des partis modérés, qui ne croient pas, quant à eux, que la consolidation de ce qui existe soit précisément « le danger de la situation actuelle, » qui sont convaincus au contraire que ce qu’il y a de plus prudent, de plus pressant aujourd’hui, c’est d’assurer à la France quelques années de repos avec des institutions régularisées et un gouvernement défini. Que cette politique se présente donc à l’assemblée, résolument, sans se dissimuler et sans équivoque ; qu’elle se place sur un terrain où elle rencontrera sans doute l’hostilité des partis extrêmes, mais où elle ralliera aussi infailliblement toutes les forces modérées ; cette politique a certainement toutes les chances de triomphe. Elle est à peu près sûre de rallier une majorité nouvelle, parce qu’en