Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/238

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définitive, si l’assemblée se laissait entraîner à refuser une organisation nécessaire, sous prétexte que c’est la « république pour sept ans, » elle mettrait à coup sûr le gouvernement dans l’embarras en lui rendant la vie fort difficile, mais elle aurait fait un acte éclatant d’impuissance après lequel elle aurait de la peine à former un gouvernement nouveau et peut-être même à prolonger sa propre existence.

Est-ce que nous n’avons pas assez vécu dans ce provisoire où rien ne suit son cours régulier, où tout est interverti et hors de sa place, où chacun se croit le droit de suivre son humeur et son inspiration sans s’inquiéter des plus simples conditions de l’ordre et même des premiers intérêts du pays ? C’est le rôle des chambres de faire de la politique ; ce n’est point apparemment le rôle des conseils-généraux et des président des assemblées départementales de se livrer à des manifestations politiques, de s’ériger en censeurs de la marche du gouvernement, des lois votées par les pouvoirs publics. C’est là cependant ce que le président du conseil-général de Marseille a cru devoir faire. Cette petite session des assemblées de département, qui s’est passée à peu près partout fort paisiblement, a eu sa petite scène de trouble et d’émotion à Marseille, où le radicalisme domine dans le conseil-général. Le président a voulu faire sa manifestation, il a ouvert cette session de quelques jours par une harangue politique. Le préfet a protesté, le public a murmuré ou applaudi. Là-dessus conflit entre le président et le préfet, interruption des travaux du conseil-général, rapports au gouvernement, lettres échangées, interpellations dans la commission de permanence, question contentieuse portée devant le conseil d’état, — et tout cela parce qu’il a plu à M. Labadié, président radical du conseil départemental, de se donner la satisfaction de dire leur fait au gouvernement et à l’assemblée nationale ! Ce n’est point assurément bien grave, ce n’est qu’un signe de plus de cette maladie de l’esprit de parti pénétrant partout, dénaturant tout, cherchant à tout prix une occasion de se produire, au risque de compromettre le caractère des institutions les plus utiles. Au bout du compte, qu’en résulte-t-il ? M. Labadié a fait son discours à la grande joie de ses collègues en radicalisme, et les affaires du département sont restées en suspens. Il faudra maintenant une session extraordinaire pour s’occuper des intérêts du pays, qui paient les frais de l’éloquence de M. Labadié.

Ce qui s’est passé à Nice est d’une autre nature et d’une autre gravité. Un député, qui s’appelle M. Piccon, a profité de ses vacances pour aller dans une réunion faire la confidence du véhément désir qu’il éprouve de voir Nice revenir à l’Italie. Ce député, qui, à l’époque de l’annexion, secondait d’un si grand zèle M. le sénateur Laity, qui depuis, pendant la guerre, demandait déjà Garibaldi comme préfet à Nice, choisit l’heure présente pour souhaiter un nouveau démembrement de