Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/25

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diocèse et leurs fonctions synodales, ils n’exercent ces dernières qu’à tour de rôle, selon un ordre déroulement déterminé. De cette façon, les membres qui ont leur demeure habituelle dans la capitale, comme le métropolite de Pétersbourg et le confesseur de l’empereur, ont alla direction des affaires une part plus effective que leurs collègues de province. Lorsqu’il est question, comme dans ces derniers temps, de réformes économiques ou civiles pour le clergé, le synode est appelé à siéger dans les commissions désignées à l’étude de ces difficiles problèmes ; en d’autres termes, on lui adjoint alors quelques hauts fonctionnaires laïques. Ainsi fut composée la grande commission des affaires du clergé orthodoxe, à laquelle le gouvernement avait remis la recherche des moyens d’améliorer la situation matérielle et la position sociale du clergé. Dans d’autres cas, c’est le synode lui-même qui réclame de tous les évêques des renseignemens et des avis.

Près du synode est un délégué de l’empereur portant le titre de procureur-général ou haut-procureur (Ober-procourator). Ce fonctionnaire, qui, devant les dignitaires ecclésiastiques, personnifie le pouvoir civil, est toujours un laïque. Pierre le Grand, désireux de faire marcher le clergé comme une armée, conseillait de confier cet emploi à un militaire, homme hardi et décidé. Sous l’empereur Nicolas, le haut-procureur fut pendant longtemps un officier de cavalerie, le comte Protassof. De pareils choix pour un pareil poste n’avaient rien de très surprenant dans un pays et dans un temps habitués à voir les fonctions civiles occupées par des généraux. L’impression était autre en Occident, où d’un fonctionnaire botté et éperonné l’on faisait le président du saint-synode et le vrai chef du clergé. Sous Alexandre II, le haut-procureur a cessé d’être un militaire ; de ce côté, il n’y a plus de motifs de susceptibilité pour la dignité de l’église, de raillerie ou de scandale pour l’étranger. Le procureur auprès du saint-synode appartient à l’ordre civil ; parfois ces importantes fonctions ont été confiées au ministre de l’instruction publique sans pour cela rentrer dans son ministère. En Russie, il n’y a point de ministre des cuites ; les religions dissidentes relèvent du ministère de l’intérieur, l’église orthodoxe s’administre par le synode sous le contrôle de son procureur. Ce dernier étant le fondé de pouvoir de l’empereur, c’est par lui que s’exercent tous les droits attribués au souverain. Le haut-procureur est d’intermédiaire entre l’empereur et le saint-synode ; toute communication de l’un à l’autre passe par lui : il soumet au synode les projets de loi du gouvernement, et à la sanction impériale les règlemens arrêtés dans le synode. Rien dans le conseil dirigeant de l’église ne se fait sans la participation du procureur ; c’est lui qui propose, lui qui expédie