Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/257

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Parfois le sphinx, outré d’une telle assurance,
Tentait de t’arracher un rêve, une espérance,
Tu ne lâchais pas prise, et l’animal ailé
De ses ongles en vain labourait ta poitrine ;
Tu regardais couler ton sang avec transport,
Dans tes bras déchirés pressant la foi divine,
Et tu livrais tes flancs pour sauver ton trésor.


Pascal est vainqueur. Que va-t-il faire de sa victoire ? Un hommage à la terreur insensée qui va tout prendre, sa force, sa volonté, sa raison :

Comment ? tant de faiblesse après tant de vaillance ?
Puisqu’entre ces trépas tu pouvais faire un choix,
N’eût-il pas mieux valu périr sans défaillance,
Dévoré par le sphinx, qu’écrasé sous la croix ?


Cette vie cependant si pleine de luttes terribles et de dévorantes austérités, elle eut son heure d’enchantement. La légende d’un amour profond et délicat est venue jusqu’à nous. Quelle était cette femme assez belle, assez noble, pour avoir un instant soumis ce cœur si fier ? Les hommes ont à peine murmuré un nom :

L’image fugitive à peine se dessine ;
C’est un fantôme, une ombre, et la forme divine
En passant devant nous garde son voile au front…


Si la triste et chaste inconnue sut qu’elle fut aimée et par qui, quelle dut être son ivresse, et quel dut être aussi son effroi ! .. Mais bientôt les scrupules vinrent assaillir l’âme douloureuse de Pascal, et son amour s’immola lui-même,

Se croyant un péché, lui qui n’était qu’un rêve !


La foi reprit tout dans ce cœur : aussi quelle dure apostrophe au dieu jaloux !

Dans ton avidité désastreuse, infinie,
Tu ne lui laissas rien qu’une croix et la mort ;
Oui, tu lui ravis tout, et trésor à trésor ;
Après son chaste amour, tu lui pris son génie.
Sacrifice complet ! Jamais être mortel
N’avait encor livré tant de dons à ta flamme.
Ton rayon devint foudre en tombant sur cette âme ;
Il a tout dévoré, l’holocauste et l’autel.

Alors éclate le dernier mot du poète. Dût la noble cendre de Pascal frémir d’horreur, le poète veut exprimer les colères que son âme tient amassées. Oui, tout est vrai, Pascal, dans les sombres peintures que tu fais de l’homme. Voilà bien nos tortures, nos