Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/273

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environnantes ; un grand nombre des habitons sont musulmans. Cela date de loin, car le Vénitien Marco Polo, qui les avait visités au XIIIe siècle, consigne le fait dans ses récits. Comment le mahométisme est-il arrivé jusque-là ? L’invasion arabe, qui convertit la Transoxiane à l’islam, n’a pas dépassé Kachgar. Le Bengale, séparé d’ailleurs de la Chine par d’épaisses montagnes, n’a reçu qu’en 1203 les doctrines musulmanes. Les mahométans du Yunnan ou Panthays se targuent d’une plus noble origine. Il est constant que les Arabes se rendaient par mer à Canton dès les premiers temps de l’hégire. Or les annales chinoises racontent que, vers l’an 757, l’empereur régnant, menacé par des rebelles, implora le secours du calife Ahou Jaffir, qui lui envoya gracieusement une armée par la voie de mer. L’insurrection éteinte, ces troupes auxiliaires ne voulurent plus retourner dans leur patrie ; elles étaient assez indisciplinées, on les relégua dans les provinces montagneuses du sud-ouest. Les Panthays seraient les descendans de ces anciens guerriers. A vrai dire, leur physionomie rappelle le type tartare au moins autant que le type sémitique. La connaissance de la langue arabe n’a été conservée chez eux que par les mollahs, et seulement grâce à la lecture assidue du Coran. Quoi qu’il en soit de cette question d’origine, la différence de religion a suscité depuis mille ans et plus un antagonisme perpétuel entre les Chinois et les Panthays. Moins nombreux que leurs adversaires, ces derniers étaient plus remuans, plus instruits, ils étaient néanmoins exclus des fonctions publiques par la défiance des mandarins mandchous. En 1845, des milliers de musulmans furent massacrés dans une émeute. En avril 1856, un nouveau soulèvement coûta la vie à 14,000 d’entre eux ; mais l’un des survivans de ce grand carnage s’enfuit dans les montagnes, où ses partisans vinrent le rejoindre. Après quelques années d’une guerre de guérillas, encouragés par les succès des Taïpings, ils descendirent dans les plaines, s’emparèrent de la ville de Talifou et furent bientôt maîtres de la province de Yunnan presque entière. Bien qu’inférieurs en nombre à la population purement chinoise par la race et par la religion, ils purent tenir tête à leurs ennemis héréditaires, en raison de l’appui que leur prêtaient les tribus indisciplinées de la frontière et peut-être aussi parce qu’ils tenaient de leurs ancêtres des instincts plus guerriers. Fidèles aux traditions arabes qu’ils prétendaient avoir importées en Chine, ils donnèrent à leur chef le titre pompeux de sultan Soliman. Celui-ci ne manqua pas d’envoyer de sa capitale de Talifou aux états d’alentour des proclamations pompeuses par lesquelles il annonçait le triomphe des vrais croyans sur les impies. Au fond, les Panthays obéissent assez peu aux prescriptions du Coran, qu’ils connaissent mal, puisque ce livre