Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/278

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Grande-Bretagne en faveur de cet état créé nouvellement aux dépens du Céleste-Empire. Pourquoi cette ambassade allait-elle à Londres plutôt que de s’arrêter à Calcutta ? C’est que les peuples à demi civilisés de l’Asie centrale sentent par instinct que le gouvernement de la métropole sera moins dur pour eux que celui du vice-roi. L’empereur birman en a fait lui-même l’expérience ; dans un moment de dépit contre l’agent politique que lord Mayo avait mis auprès de lui, il s’adressa tout droit à la reine Victoria et eut le bonheur d’en avoir une réponse, ce qui dut sans doute le relever à ses propres yeux et mécontenter les autorités anglo-indiennes autant qu’il en était satisfait. Quant à l’envoyé du souverain de Talifou, un accueil courtois lui était bien dû en reconnaissance de la réception que ses compatriotes avaient faite aux Anglais en 1868 ; mais ce fut tout. On s’efforça de lui faire entendre que l’Angleterre ne pouvait agir contre les intérêts de l’empire chinois. Cette réponse était prudente, comme l’événement le prouva dans un bref délai. A peine cet ambassadeur était-il de retour à Rangoun que la nouvelle y parvint de la destruction complète du royaume panthay. Talifou était tombé par trahison entre les mains des Chinois ; Momein était la seule ville qui résistât encore aux vainqueurs. Il serait difficile de raconter en détail comment cette nouvelle révolution s’est accomplie, si rares sont les nouvelles qui nous arrivent de ce coin du monde. Des négocians français y ont contribué en fournissant des armes et des secours à l’armée chinoise, et en découvrant du même coup une nouvelle voie d’accès au Yunnan, voie facile et relativement courte qui détruit, suivant toute apparence, les projets d’avenir conçus par les explorateurs des provinces birmanes. Ceci nous entraînera un peu loin de l’Asie centrale ; mais le pays dont il sera question, outre qu’il est le débouché naturel des contrées que nous venons de parcourir, présente, semble-t-il, un si grand intérêt pour la France et pour notre colonie de Cochinchine que l’on nous saura gré peut-être d’entrer dans quelques développemens à ce sujet.

Les navires qui se rendent de Saigon à Hong-kong laissent à gauche un vaste golfe au fond duquel est située la province annamite du Tonkin. Ce mot n’est pas nouveau dans notre histoire maritime. Vers la fin du siècle dernier, on parlait beaucoup d’y créer une colonie française ; les indigènes, préparés par les missionnaires jésuites, étaient disposés à nous bien accueillir. Les grandes guerres de la révolution et du premier empire empêchèrent de donner suite à ce projet. Sous la restauration, il était trop tard, l’occasion était perdue. Il y a douze ans à peu près, lorsque fut fondé notre établissement de Saïgon, on se dit sans doute que cette localité, par sa position à l’embouchure d’un grand fleuve et sur la route de la Chine