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du Yang-tsé-kiang. Une faible escorte l’accompagnait. Se sentant soutenu par les indigènes et menacé par les mandarins, ce brave officier s’empara résolument de la ville. Par malheur, quelques jours après il succomba dans une sortie dirigée contre ses agresseurs. La province dont il avait pris possession au nom de la France est sans contredit l’un des plus riches pays du globe. Les indigènes du Tonkin manifestent le désir de se donner à nous. Ce serait pour notre colonie de Saïgon, qu’on ne le perde pas de vue, autre chose qu’une extension de territoire ; ce serait prendre sous notre garde l’un des aboutissans de ce merveilleux massif de l’Asie centrale, dont nous avons déjà presque fait le tour sans rencontrer sur les frontières d’autres nations européennes que la Russie et la Grande-Bretagne.

Le Tonkin, dès qu’il serait placé sous la garde d’un peuple civilisé, deviendrait sans doute l’un des débouchés de la Chine intérieure. Le Yunnan écoulerait par là la houille et les métaux qu’il peut fournir en quantités prodigieuses ; or ce sont des marchandises de valeur dans une région du globe qui n’en a guère produit jusqu’à présent. Notons à ce propos les évolutions singulières qu’a subies le commerce des Européens avec le Céleste-Empire. Au commencement, Canton, Hong-kong et Macao semblaient être les entrepôts de la Chine. On eut dit que toutes les productions de cet immense pays arrivaient naturellement sur l’un ou l’autre de ces trois marchés. Quelques années plus tard, lorsque les ports du Yang-tsé s’ouvrirent, on comprit mieux l’importance exceptionnelle de ce beau fleuve, qui du Szechuen à la mer, sauf quelques rapides, traverse les plus riches provinces sans cesser d’être navigable. Le Song-koï sera, dans de moindres proportions, l’artère principale des provinces du sud-ouest. La voie terrestre de Bhamo à Talifou, que les Anglo-Indiens ont rêvé d’établir, servira tout au plus aux tribus sauvages de la frontière. Rangoun et l’Irawady ne seront alimentés que par l’empire birman et le Pégou, ce qui n’est pas du reste à mépriser, puisque ce domaine restreint fournit déjà pour 15 millions de francs de transactions annuelles ; mais c’est une illusion de prétendre que l’on attirera de ce côté un trafic beaucoup plus important. Vers le sud-est, l’Inde anglaise a atteint ses dernières limites.


II

Il existe, dit-on, un proverbe chinois ainsi conçu : le Thibet est le pays du monde le plus élevé et le plus riche. Le plus élevé, ce n’est pas contestable, car c’est en effet le plateau culminant du vaste massif de l’Asie centrale. Le plus riche, on peut affirmer que c’est