Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/299

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les Boïens, leurs parens et amis, s’étaient établis du temps de Sigovèse, et d’autres choisirent plutôt de revenir en leur ancienne patrie, nos ancêtres revinrent en Gaule, et enfin par mariages se logèrent parmi les Ségusiens. » Ainsi ces Boïens du Forez sont des Gaulois dénationalisés depuis longtemps qui firent un jour retour en Gaule ; mais les choses ne se passèrent pas tout à fait aussi tranquillement que le rapporte le berger Thamyre, et lorsqu’ils revinrent dans leur ancienne patrie, le sang s’était assez mélangé et dénaturé durant cette longue absence pour qu’ils pussent y être considérés comme un peuple étranger. Chassés d’Italie après leur long établissement dans la Cisalpine, ce fut non pas en Gaule qu’ils se rendirent, mais en Germanie, près de leurs frères, dans la forêt hyrcinienne, comme le dit d’Urfé, puis, déplacés encore par la guerre, ils descendirent avec le peuple des Helvètes dans la Séquanaise, aujourd’hui la Franche-Comté, où ils s’établirent. C’est là que César les trouva et les vainquit dans sa première campagne, en compagnie de leurs amis les Helvètes ; mais, tandis qu’il força ces derniers à retourner vers les lieux d’où ils étaient partis, il laissa les Boïens en possession de leurs domaines, sur la demande des peuples éduens, qui, connaissant leur vaillance, voulurent les avoir pour gardiens militaires de leurs frontières. César déféra même tellement à ce vœu des Éduens qu’il les gratifia de colonies boïennes sur celles de leurs frontières que les Boïens n’avoisinaient pas, c’est-à-dire que des régions du Jura il en transporta, more romano, une forte bande entre la Loire et l’Allier ; c’est de cette colonie boïenne que les habitans de Boën et de ses environs sont descendus. Ce sont de vieux Gaulois devenus Germains, et des Germains redevenus Gaulois.

Je voudrais croire aux farfadets afin de pouvoir attribuer à leur malice la singulière mystification que me réservait Boën. « Lorsque vous irez en Forez, m’avait-on dit pendant que j’étais à Lyon, ne manquez pas de visiter Boën. La race féminine y est d’une beauté remarquable, et sa réputation à cet égard est telle qu’elle fait rechercher avec empressement les filles de Boën pour tous les usages qui réclament de la grâce et de l’élégance ; peut-être aussi pour cette raison en trouverez-vous moins de belles qu’autrefois, car on a beaucoup tiré de cette riche mine. » Sur cette promesse, j’arrive à Boën plein de confiance ; mais, lorsque j’en suis reparti, j’aurais été autorisé par mon expérience à déclarer que la mine était épuisée. O déception cruellement comique ! jamais collection de laideurs aussi complète ne s’était étalée sous ma vue. J’ai beau monter et descendre la ville, m’avancer sur le seuil des portes, passer la tête dans l’intérieur des boutiques, coller mon front contre les vitres, partout je n’aperçois, pour parler comme Rabelais, que