Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/302

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bien d’autres habitans de cette région ? Ils semblent s’être plu à le croire, car une généalogie, écrite par Anne d’Urfé, le frère aîné d’Honoré, ou du moins rédigée par ses ordres, les fait descendre d’un certain Wulphe (le loup), noble Bavarois, qui vivait vers le milieu du VIIIe siècle, et Honoré, sans affirmer formellement cette origine, l’adopte assez clairement. C’est ce nom sauvage de Wulphe qui, orthographié par moitié conformément à la façon latine, en supprimant le double W, et par moitié, conformément à la prononciation germanique, en marquant d’un accent l’e de la fin, et transformé ainsi en Ulphé, aurait produit ce nom de d’Urfé, aussi joli que de tournure peu commune. A ce fondateur douteux se rattache une légende bien d’accord avec son nom, car c’est tout à fait une légende de loup. Une des vassales de ce Wulphe mit an monde six enfans d’une ventrée ; Hirmantride, la châtelaine, qui vivait en un temps où l’on n’avait sur la science de l’embryogénie que des opinions fort élémentaires, s’avisant de penser que cette fécondité ne pouvait être le fait d’un seul, la reprocha durement à la pauvre femme. Elle fut cruellement punie de ce jugement téméraire, car un an après elle-même mit au monde douze enfans d’un seul coup. Perdant la tête et redoutant les reproches de son mari, Hirmantride rangea ces six couples de jumeaux dans un grand panier et le remit à un valet avec ordre d’aller le jeter à l’eau. En chemin, Wulphe rencontra le valet, et, lui ayant demandé où il allait et ce qu’il portait, celui-ci répondit qu’il allait noyer des louveteaux, sur quoi le seigneur, ayant voulu les voir, les reconnut d’emblée pour ses fils et les fit élever secrètement. De l’aîné de ces louveteaux vinrent toutes les générations des d’Urfé ; quant aux onze autres, la légende ne dit pas dans quels bois ils allèrent gîter. En admettant cette lointaine origine, reste la question de savoir à quelle époque les d’Urfé se sont établis en Forez. En 1129, nous dit la même généalogie, qui nous présente un second Wulphe, toujours Bavarois de nation, mais élevé à la cour de Louis le Gros. Ce Wulphe fit campagne avec le roi contre le comte d’Auvergne, et, comme il s’en revenait au pays de France, il s’éprit de la fille de Guy Ier, comte de Forez, l’obtint en mariage et se fixa dans cette région, où il fit élever le château d’Urfé. Que ce nouveau fait soit apocryphe ou non, toujours est-il que le premier acte où apparaissent les seigneurs d’Urfé (1173) est singulièrement rapproché de la date présumée de cet établissement en Forez.

Peu importent après tout ces longs siècles, l’existence des races date réellement du jour où elles deviennent illustres, et s’éteint lorsqu’elles cessent de l’être ; or, si je résume les faits que j’ai sous les yeux, je trouve que l’existence de cette famille a été aussi courte