Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/332

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y disparurent en sa présence ; « C’est un lieu étrange que cette sebkha, dit-il en son langage oriental : la nuit n’y a pas d’étoiles, elles se cachent derrière la montagne ; le vent souffle, à rendre sourd, de tous les côtés à la fois ; afin de faire sortir le voyageur de son chemin, il lui jette le sable à la figure, et on ne peut ouvrir les yeux qu’en prenant de grandes précautions. »

Des observations barométriques, faites dans le bassin du chott Mel-Rir par MM. Vuillemot, Mares, Dubocq, Ville, avaient donné pour ce bassin des altitudes inférieures au niveau de la mer. Les divers résultats présentaient entre eux d’assez grandes discordances, et ne pouvaient être acceptés que comme des approximations. L’altitude de Biskra même était fort incertaine ; on la faisait varier de 89 à 140 mètres. En 1868, M. Ville, ingénieur en chef des ponts et chaussées, qui avait étudié la question avec un soin spécial, déclarait qu’on ne pouvait pas conclure de toutes les données obtenues jusqu’alors que le chott Mel-Rir fût au-dessous du niveau de la mer [1]. A plusieurs reprises, cette question avait préoccupé les officiers d’état-major chargés de travaux géodésiques en Algérie. En 1872, le ministre de la guerre voulut bien me charger d’exécuter, avec le concours du capitaine de Villars, les opérations géodésiques de la méridienne de Biskra. Nous prîmes nos mesures pour déterminer avec toute la précision possible l’altitude du chott Mel-Rir. Au sud de Biskra, il ne fallait plus compter sur le nivellement géodésique, qui donne les différences de hauteurs par des observations faites à de grandes distances. Dans ces régions sablonneuses, les rayons lumineux, rasant le sol échauffé par le soleil, éprouvent souvent des déviations considérables ; on y voit se produire tous les jours le phénomène du mirage. Il était donc nécessaire de se munir d’un niveau à lunette et de mires graduées pour y faire un nivellement de proche en proche. Cette opération, exécutée en 1873 avec le concours du capitaine Noll, sur un trajet de 125 kilomètres, nous prouva que le bord occidental du lit du chott Mel-Rir était à 27 mètres au-dessous du niveau de la mer, et que ce lit avait une inclinaison moyenne de 25 centimètres par mètre dans la direction de l’est, d’où il résulterait que celui du chott Sellem est à plus de 40 mètres au-dessous du niveau de la mer. Il est établi d’ailleurs, par le rapport sur les opérations de la méridienne de Biskra, déposé au ministère de la guerre, que l’erreur probable totale des nivellemens géodésique et géométrique est inférieure à 60 centimètres. Il était donc mathématiquement démontré que les chotts Mel-Rir et Sellem occupaient le fond d’une vaste dépression du sol. Il était naturel dès lors de supposer que cette dépression se continuait

  1. Exploration dans les bassins du Hodna et du Sahara, p. 709.