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établir le devis des dépenses, en y faisant entrer les indemnités dues aux propriétaires des oasis comprises dans la zone inondable et à examiner les avantages qui résulteraient pour l’Algérie et la Tunisie de la création d’une mer intérieure.

Il pourrait à première vue sembler plus rationnel de commencer le nivellement par le golfe de Gabès. En partant du golfe, on obtiendrait tout d’abord en effet l’altitude du chott El-Djerid, ce qui établirait immédiatement la possibilité ou l’impossibilité de k création d’une mer intérieure. A cela, on peut répondre que, si, contre toutes nos prévisions, la dépression du chott Mel-Rir ne se prolongeait pas jusqu’au chott El-Djerid, si elle s’arrêtait à la hauteur de Négrin par exemple, l’expédition reviendrait sur ses pas, mais elle rapporterait des documens géographiques très complets sur cette partie si intéressante et si peu connue de l’Algérie, et elle n’aurait pas mis plus de temps pour accomplir ce travail qu’il ne lui en eût fallu pour se rendre à Gabès. Elle aurait d’ailleurs l’immense avantage de pouvoir s’organiser sur le territoire français, et cette dernière considération doit l’emporter.

Ce n’est que pour mémoire que nous avons fait mention des oasis à exproprier ; il n’est guère probable qu’il s’en trouve beaucoup dans ce cas. En parcourant l’ouvrage de M. Guérin, on voit que toutes les villes importantes du Nifzaoua et du pays de Touzeur et de Nefta sont bâties sur des collines ou des plateaux. Nous avons montré d’ailleurs que jamais ni le Nifzaoua, qui formait une île, ni le pays de Touzeur, qui formait une presqu’île, n’ont été inondés. Il résulte de treize observations barométriques faites par M. Pricot de Sainte-Marie au camp de Touzeur [1] que l’altitude de ce point est de 30 mètres au-dessus du niveau de la mer ; d’après sept autres observations, l’altitude de Nefta serait 50 mètres au-dessus du niveau de la mer. Ces cotes, qui peuvent être considérées comme exactes à 20 ou 25 mètres près, confirment notre supposition. Dans la région du chott Mel-Rir et de l’Oued-Rir, la seule oasis importante qui semble être au-dessous du niveau de la mer est celle de Neïra. Dans les oasis, la fortune se compte d’après le nombre des palmiers que l’on possède. Celle de Neïra en contient environ 5,000 qu’on peut estimer en moyenne à 100 francs ; cela ferait 500,000 francs. En prenant au pis aller dix fois ce chiffre pour la valeur totale des indemnités à accorder, on n’arriverait encore qu’à 5 millions. On voit donc que le moindre tracé de chemin de fer entraîne souvent plus d’expropriations que n’en exigerait la création de la mer intérieure d’Algérie, dont les bienfaits seraient autrement importans.

Mettant à profit les itinéraires, les cotes barométriques fournies

  1. Ce camp est situé à 6 kilomètres au nord de Touzeur. Les observations correspondantes ont été faites à Tunis même ;