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les sables au moyen d’une digue jetée vis-à-vis de l’entrée du canal. Cette digue serait dirigée du nord au sud de façon à recevoir obliquement le choc des vagues venant de la haute mer. Deux épis ou petites jetées partant du rivage protégeraient l’entrée du canal contre les remous et les courans littoraux. Entre la jetée et les épis, deux passages, l’un au nord, l’autre au sud, seraient ménagés pour l’entrée des navires. Les sables s’accumuleraient au pied des jetées ; il s’en introduirait très peu dans le canal, et il suffirait de draguer de temps en temps.

En supposant que le bassin des chotts ait une profondeur moyenne de 25 mètres, la contenance serait d’environ 480 milliards de mètres cubes. Il ne faudrait pas croire que cet énorme volume d’eau pût lui être fourni en quelques jours, même en quelques mois. Peut-être faudra-t-il plusieurs années ; cela dépendra de la largeur et de la profondeur du canal de déversement, de sa longueur et par suite de la rapidité du courant qui s’y établira. Il sera facile de calculer le temps nécessaire lorsque le nivellement préalable aura fait connaître le profil de l’isthme à percer et la nature du sol. Alors on pourra prévoir aussi la rapidité du courant permanent qui, une fois le bassin rempli, s’établira dans le canal pour porter à la nouvelle mer les 28 milliards de mètres cubes d’eau que lui enlèvera annuellement l’évaporation.

Nous n’avons pas encore parlé de l’influence que cette mer exercera sur le climat du midi de l’Europe. Il n’entre pas dans le cadre de cette étude de traiter à fond une question qui nécessiterait préalablement des observations météorologiques longues et régulières dans la région des chotts ; nous en dirons cependant un mot en terminant. Pendant l’été, les vents dominans de la partie orientale de la Méditerranée sont les vents de nord-ouest. La mer d’Algérie réduirait d’autant la surface du grand foyer d’appel saharien, et la violence des vents de nord-ouest serait légèrement atténuée. Dans les autres saisons de l’année, les vents dominans sont les vents de sud-ouest [1] ; en passant sur le lit de la mer intérieure, ils se chargeront de vapeur d’eau dont une partie se résoudra en pluie sur les flancs de l’Aurès ; l’autre partie ira augmenter la quantité d’eau qui tombe annuellement en Sicile et dans le midi de l’Italie, mais sans modifier sensiblement le climat de ces régions.

Le bassin des chotts et la Petite-Syrte n’ont pas toujours été stériles comme de nos jours. « Les bords du lac Triton, dit Scylax, sont habités tout autour par les peuples de la Libye, dont la ville est située sur. la côte occidentale. Tous ces peuples sont appelés

  1. Ils sont produits par les contre-courans supérieurs des vents alizés, qui s’abaissent généralement vers le 30e degré de latitude, et se font sentir à la surface de la terre.