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défoncées de l’Aurès atteint des prix exorbitans. Rien ne serait plus facile et moins coûteux d’ailleurs que d’établir un chemin de fer entre le port le plus voisin et les plaines de Biskra et d’El-Outaya. Par nos postes militaires appuyés au littoral, nous serions aux portes des riches oasis du Souf et de l’Oued-Rir. Tougourt serait alors moins éloigné de notre colonie que ne l’est aujourd’hui Biskra. Ouargla, Goleah, Ghadamès, seraient rapprochés de plus de 300 kilomètres.

Ce gigantesque travail aurait un immense retentissement jusque dans le centre de l’Afrique, et y porterait à un haut degré l’influence et le prestige de la France. A plusieurs reprises, des tentatives ont été faites pour attirer en Algérie les caravanes qui font le commerce du centre de l’Afrique : elles sont toujours restées infructueuses. Il est facile d’en comprendre la raison. Si les caravanes ne viennent pas échanger leurs produits sur notre littoral, c’est non-seulement parce qu’elles auraient à faire un trajet plus long que pour se rendre à Tripoli ou au Maroc, mais encore parce qu’elles traverseraient notre colonie dans toute sa profondeur, qu’elles relèveraient de notre autorité dans ce parcours, et qu’elles craindraient ainsi de compromettre leur indépendance. On objectera peut-être qu’elles pourraient s’arrêter à Gériville, à Laghouat, à Biskra ; mais, par suite de la cherté des transports dans ces postes éloignés, notre commerce ne « peut leur offrir qu’à des taux très élevés les objets qu’elles recherchent, tels que cotonnades, métaux, armes ; elles préfèrent donc porter à Tripoli, ou au Maroc leurs propres produits, dents d’ivoire, poudre d’or, dépouilles d’autruche, etc. Si la mer d’Algérie était créée, il serait facile d’établir dans un de ses ports un grand comptoir pour le commerce du centre de l’Afrique. Ce comptoir pourrait s’élever sur le littoral sud et être au besoin neutralisé. Il suffirait qu’il fût protégé par un poste militaire, dont il serait indépendant. Il est permis d’espérer qu’alors les caravanes, attirées par les ressources que leur offriraient les produits variés de notre industrie et de notre commerce, afflueraient bientôt sur ce nouveau marché.

La Tunisie a tout autant d’intérêt que l’Algérie à la création de la nouvelle mer. Entourée par la mer de trois côtés, au nord, à l’est et à l’ouest, elle deviendrait une vaste presqu’île, préservée à jamais de l’envahissement des sables du sud. Les heureuses modifications qui en résulteraient pour son climat lui rendraient bientôt cette richesse et cette fécondité qui faisaient l’admiration des contemporains de Scylax et de Massinissa. Le gouvernement tunisien tiendrait désormais les clés de toutes les portes du sud, et l’exercice de son autorité serait mieux assuré. Il pourrait établir au débouché du canal un vaste port à la fois militaire et commercial. Les travaux de percement de l’isthme qui se feraient sur son territoire