Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/356

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donneraient lieu à une grande opération financière dont il pourrait recueillir les principaux bénéfices et qui, dans tous les cas, aurait pour résultat l’accroissement de la fortune publique de la Tunisie.

Pour terminer cette étude, jetons un coup d’œil en arrière et résumons-la en quelques mots. On a vu qu’au commencement de la période géologique moderne tout le centre du continent africain était occupé par un vaste océan qui s’étendait jusqu’au pied de l’Atlas. Dans le soulèvement qui fit émerger le Sahara du sein des eaux, un grand bassin, compris entre le chott Mel-Rir et le golfe de Gabès, dut rester au-dessous du niveau de la mer, puisqu’il communiquait encore avec elle peu de temps avant l’ère chrétienne et formait une baie intérieure connue sous le nom de grande haie de Triton. Nous avons vu ensuite qu’un isthme s’est formé à l’entrée de cette baie par l’accumulation successive des sables que les vagues arrachaient aux bas-fonds du golfe de Gabès et rejetaient sur le littoral. La baie s’est desséchée, et il s’est formé de petits lacs permanens, occupant les dépressions les plus profondes de son lit ; nous avons vu ces lacs s’élargir, se niveler sous l’action des torrens, se transformer définitivement en larges surfaces planes connues sous le nom de chotts. Partant des résultats précis donnés par un nivellement régulier, les combinant avec tous les documens modernes qu’il nous a été possible de réunir, nous en avons dû conclure que le bassin des chotts est encore au-dessous du niveau de la mer, et qu’il suffirait de creuser un canal de quelques kilomètres pour y ramener les eaux de la Méditerranée. Nous avons montré que ce projet ne présente aucune difficulté sérieuse, et qu’en quelques mois il serait possible de déterminer exactement les données du problème à résoudre. Les avantages qui en résulteraient pour l’Algérie et la Tunisie ont pu faire comprendre que jamais entreprise aussi vaste n’a demandé si peu d’efforts.

La création d’une mer intérieure en Algérie ne restera pas à l’état de projet. Déjà le conseil supérieur de l’Algérie, présidé par M. le général Chanzy, dans sa haute et vive sollicitude pour tout ce qui touche aux intérêts et à la prospérité de cet admirable pays, a voté vers la fin de l’année dernière des fonds destinés à faire des études de nivellement dans la région des chotts. Nous entrons ainsi dans les voies de l’exécution, et on peut espérer que notre génération verra l’accomplissement de ce grand travail, dont le résultat comptera parmi les plus importantes conquêtes que, par son intelligence et son énergie, l’homme aura jamais faites sur la nature.


E. ROUDAIRE.