Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/395

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au Bulletin des lois, au Moniteur officiel, à ces témoins sans entrailles qui portent en eux, sans le savoir, l’éloge, la justification ou la condamnation des régimes politiques dont ils reçoivent les ineffaçables empreintes. C’est ainsi que Casimir Perier lui-même entendait être jugé. Un jour, plusieurs amis insistaient auprès de lui sur la nécessité de créer un journal destiné à le défendre contre les attaqués incessantes d’une presse acharnée ; il leur fit cette fière et simple réponse : « J’ai le Moniteur pour enregistrer mes actes, la tribune des chambres pour les expliquer et l’avenir pour les juger. »

Mais avant d’entrer dans le vif de la carrière politique de Casimir Perier, il importe à qui veut la juger en pleine connaissance de cause de se rendre un compte exact des circonstances qui ont précédé son avènement à la présidence du conseil des ministres et l’ont rendu nécessaire. Il faut donc jeter un coup d’œil rapide sur la situation de la France depuis la proclamation de la royauté du 9 août jusqu’au jour où Louis-Philippe fit appel à l’énergie de Casimir Perier pour la défense de la politique si patriotiquement libérale et si profondément humaine qui avait pris place avec lui sur le trône.

La contre-révolution, qui avait jeté soudainement à la France l’audacieux et funeste défi des ordonnances royales du 25 juillet 1830, s’était brisée contre une résistance armée qu’elle avait rendue légitime ; mais sa tentative seule et sa défaite elle-même avaient eu pour effet de surexciter toutes les passions et de bouleverser tous les intérêts. La résolution ne manqua pas plus que la rapidité pour conjurer le péril qui menaçait la société tout entière. Par un élan général et populaire, devenu irrésistible jusque dans les départemens les plus dévoués à la restauration, le drapeau des principes de 1789 et de l’indépendance nationale fut partout arboré. Un prince patriote, dont l’opposition de 1814 à 1830 était restée constamment libérale sans jamais devenir factieuse, fut presque en même temps porté au trône. Enfin ce grand mouvement reçut sa consécration par l’envoi de milliers de députations de la garde nationale apportant à la royauté de juillet le suffrage presque unanime de plus de 30,000 communes, non avec des bulletins de vote, mais en venant tout armées lui demander une organisation et de nouvelles armes pour la défendre. Dans les sphères les plus élevées de la politique, à la vue de l’abîme entr’ouvert par les fatales ordonnances du 25 juillet, les bons citoyens, même les plus opposés de sentimens et d’opinion, n’hésitèrent pas à donner leur concours à l’établissement de ce gouvernement d’ordre et de salut.

En un mot, dans les premiers momens, qui durèrent bien peu, un sentiment patriotique qui entraînait M. de Lafayette, devant lequel s’inclinait le duc de Fitz-James avec une sagesse trop rare