Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/401

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l’autorité des leçons de sa politique conservatrice demandant uniquement à sa confiance dans la raison publique, au droit commun et aux institutions libérales, des armes pour vaincre ses adversaires et pour contenir en même temps, ce qui est plus difficile encore, les impatiences et les passions d’un grand nombre de ses amis.

C’est seulement à cette politique hardie et libérale des temps troublés qu’ont été dus les temps calmes et réguliers dont on a parlé et qui sont venus plus tard. Le calme, la paix et la régularité ont été l’effet et non la cause du succès de cette politique ; ils ont été le fruit de l’arbre cultivé par une main puissante et non l’arbre lui-même.

Le drame anarchique que nous avons dû rappeler eut du moins le mérite de précipiter la seule mesure de salut qui pût être efficace, c’est-à-dire le rétablissement de l’unité dans le gouvernement. D’ailleurs le moment en fut encore rapproché par l’éclat [1] qui eut lieu à la tribune de la chambre des députés entre le ministre de l’intérieur et le préfet de la Seine au sujet des abominables scènes de Saint-Germain-l’Auxerrois et de l’archevêché. A la suite de cet éclat, le ministre n’hésita pas à mettre le conseil en demeure de choisir entre sa démission ou l’éloignement de M. Odilon Barrot de la préfecture de la Seine. Cette démission fut d’abord acceptée, mais le soir même, sous l’influence de l’impression produite dans « les chambres, le ministre de l’intérieur était rappelé et M. Barrot quittait l’Hôtel de Ville malgré l’opposition de M. Laffitte, qui se contenta, comme transaction, de l’entrée de M. Barrot au conseil d’état. Cette transaction permit à M. Laffitte de conserver la présidence du conseil, mais il était évident que le ministère était frappé à mort et n’existait plus pour ainsi dire comme gouvernement. Aussi quelques jours après, dans une réunion tenue chez M. Laffitte, le ministre de l’intérieur crut de son devoir de poser la question ministérielle et de provoquer une séparation définitive ; elle fut bientôt acceptée des deux parts, et il ne resta plus au roi qu’à faire son choix entre M. Laffitte et M. Casimir Perier.

Dès le 8 mars, le roi fit appeler Casimir Perier au Palais-Royal. Louis-Philippe se séparait à regret d’un vieil ami, d’un ministre

  1. MM. de Montalivet et Odilon Barrot dans la séance du 18 février 1831.