Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/419

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que des principes durables ? C’est là en effet le caractère des lois votées en 1831 et 1832, dont le nom seul dit toute l’importance : organisation municipale, — garde nationale, — attroupemens, — élections à la chambre des députés, — institution de la pairie, — armée, — réformes du code pénal et du code d’instruction criminelle. Pendant qu’il présidait à la rédaction de ces lois, les outrages de tous les jours, les désordres de la rue, les conspirations, joints aux terreurs de beaucoup de ses amis, le laissèrent inébranlable dans sa foi aux principes de sa vie entière. Les passions eurent beau faire rage autour de lui, il ne s’en prit jamais à ces principes et aux lois qu’ils avaient inspirées de l’abus que pouvaient en faire les violences individuelles ou les factions. Des désordres éclatent sur plusieurs points : des maires s’y montrent infidèles aux devoirs tracés par la loi municipale qu’il venait de promulguer. Il ne s’en prend pas au mode de nomination des maires choisis obligatoirement dans le sein des conseils municipaux, et, légalement sévère envers les magistrats coupables, il maintient le signe d’alliance entre l’état et la commune qui a disparu tout à coup, quarante ans plus tard, devant une politique trop peu maîtresse d’elle-même. Lyon s’insurge, la garde nationale convoquée manque à ses devoirs, une partie même fait cause commune avec les insurgés ; le gouvernement défend la loi, la maintient, et se contente d’user avec fermeté du droit qu’elle consacre en prononçant la dissolution de la garde nationale de Lyon. Le jour même où cette terrible insurrection éclatait, mettant en péril les bases mêmes de tout ordre social, le gouvernement discutait à la chambre des députés une grande réforme judiciaire dont il avait pris l’initiative, et qui avait entre autres pour objet d’offrir des garanties nouvelles aux accusés et d’adoucir les peines infligées aux condamnés pour attentats contre la sûreté de l’état. Tout à coup la discussion s’arrête, et le garde des sceaux se tait, non pour abandonner la loi, mais pour céder la parole à Casimir Périer, qui, fidèle à son système de franchise absolue, vient spontanément tout dire aux chambres législatives. Les explications ont cessé, la lutte continue à Lyon ; mais le garde des sceaux reprend imperturbablement sa tâche, sans s’arrêter aux efforts et aux complots des factions, qui n’ont rien à faire avec certains principes immuables que les lois ne doivent jamais méconnaître. Le gouvernement arriva ainsi au terme de ces belles et grandes lois de la réforme du code pénal et du code d’instruction criminelle, l’un des monumens les plus vastes et les plus respectés du règne d’un prince libéral et humain jusqu’à la témérité, qui, impuissant à faire abolir la peine de mort, la poursuivait en détail dans les articles les plus rigoureux du code pénal,