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I

Le catalogue de peinture compte un peu plus de six cent cinquante tableaux et dessins ; nous n’avons pas à les décrire tous. Il y en a beaucoup qui intéressent le regard sans qu’il soit nécessaire d’en analyser les mérites. Les portraits sont en majorité, et la peinture de genre s’y montre avec toutes ses séductions ; mais les spécimens de l’école italienne y sont rares : cinquante tableaux au plus, et quelques-uns seulement de premier ordre. Si nous cherchons les productions des maîtres primitifs, nous trouvons trois tableaux de Fra Angelico, dont l’un, la Vierge entourée de saints, est bien que d’une petite dimension, un exemple du style et de l’inspiration habituelle du pieux artiste. Sans doute ceux qui n’ont pas vu les cellules de San-Marco ni les galeries des Uffizi comprendront difficilement en le regardant que le peintre dominicain tienne une place si importante dans l’histoire de l’art. Toutefois il y a au musée du Louvre une composition célèbre entre toutes celles de Fra Angelico, le Couronnement de la Vierge, La prédelle de ce vaste panneau, fine comme une miniature, grande de style comme une page d’histoire, est un des plus purs chefs-d’œuvre du maître. On pourrait rapprocher la petite Madone appartenant à M, de Triqueti, de la Légende de saint Dominique ; elle supporterait la comparaison. Deux Vierges, assez semblables par la dimension et la composition, représentent Sandro Botticelli. On y retrouve le charme triste et pieux que le maître a mis sur le visage de la mère de Dieu, mélange de naturalisme et de mysticisme qui donne aux productions de ce Florentin, indécis dans sa foi, un caractère à part au milieu des artistes de son temps. Avant d’arriver à Pérugin et à son glorieux élève, laissons-nous arrêter un instant par la Vierge de Pietro della Francesca, qui appartient à Mme Duchâtel. Voilà un témoignage excellent, le seul peut-être à Paris, du talent d’un artiste à peu près inconnu en France. Pourquoi ce tableau n’est-il pas entré dans notre grande collection nationale à laquelle il fut offert ? Il en était digne, et il eût appris au plus grand nombre le nom d’un de ces hardis pionniers qui ouvrirent à Michel-Ange et à Raphaël le chemin où ils n’eurent plus qu’à marcher de l’allure du génie. Les rares amis de l’art qui ont fait le pèlerinage d’Arezzo savent la valeur de la chapelle de la Croix, à l’église Saint-François, et l’influence que ces mâles peintures exerçaient encore longtemps après la mort de celui qui les avait produites. On retrouve dans tous les ouvrages de Pietro le même procédé à la fois large et précieux, les mêmes colorations pâles et le même modelé sobre jusqu’à l’entière suppression