Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/462

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probité se baisse jusqu’au brin d’herbe, jusqu’au caillou de la route. Étudiez, jeunes artistes, le Diogène du Louvre ; mais non, vous êtes au Palais-Bourbon, on y peut rester, le paysage de la collection Reiset est digne du Diogène.

Les artistes supérieurs, si différentes que soient leurs inclinations et leurs tendances, se ressemblent par des points qu’il est aisé de signaler. David est un descendant de Poussin. Moins fécond, moins inventif que son illustre aïeul, il tient de lui la gravité et le dessin d’un naturalisme circonspect. il en ressuscite même la couleur froide et sensée. Si Poussin, quittant un instant l’idéal qui plaisait seul à son imagination hautaine, avait peint le portrait, — on sait qu’il n’en fit que deux pendant sa longue carrière, le sien et celui de Clément IX, — il y eût mis cette exécution simple, cette sincérité de copiste que David, à l’exemple de Raphaël, préférait à tous les artifices du métier. Ces qualités qui signalent les portraits du réformateur de l’école française donnent à celui de la marquise d’Orvilliers un style qui s’unit sans efforts à la bonhomie du visage. L’artiste y a joint l’ampleur du dessin et cet imprévu d’arrangement que la nature fournit presque toujours à ceux qui savent la regarder d’un œil honnête.

A côté de David, Prud’hon n’est qu’un poète, mais de quelle grâce souveraine il revêt ses audacieuses négligences ! Le peintre des Sabines ne pouvait les lui pardonner, il les enviait peut-être. Deux petites toiles, deux dessins, un portrait de Talleyrand, sont insuffisans, pour représenter ce charmant rêveur, cet autre André Chénier, que l’admiration de la postérité venge trop tard de la froideur et de la jalousie de ses contemporains.

Cette froideur, ces angoisses de l’attente, Ingres aussi en connut les amertumes ; du moins il put de son vivant toucher l’arriéré de sa gloire. La foule se laissa un jour séduire par ce talent dédaigneux de lui plaire, et depuis lors elle accueillit chaque nouvelle production comme un chef-d’œuvre incontestable. Que n’a-t-on pas dit de la Source ! Elle a épuisé les formules de l’admiration. On l’a justement appelée « la personnification de la virginité de l’âme et des sens. » A cinquante ans de distance, Ingres retrouvait pour la peindre toute la souplesse avec laquelle il modelait en 1808 la figure de l’Œdipe ; mais avec quelle sûreté de goût et quel tact d’honnête homme l’auteur, qui ne trouvait jamais, disait-il, de torts à la nature, supprime et adoucit cette fois ces détails et ces touches du hasard, qu’il recherche ailleurs, pour ôter à la forme sa banalité ! Évidemment ce n’est point un corps mortel qu’il a voulu peindre, c’est le vêtement immatériel d’une âme de déesse. Le sang ne coule pas sous cet épidémie d’ivoire, et c’est le rêve de l’Olympe