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projets financiers, tout ce qui peut occuper la session et conduire jusqu’au moment où l’on prendra de nouvelles vacances sans avoir touché aux lois constitutionnelles.

Ainsi rien n’y fait, ni la nécessité publique qui parle si haut, ni le danger d’une incertitude prolongée, ni l’impossibilité d’arriver à la monarchie : les légitimistes n’entendent pas raison. Ils ne veulent ni de la loi électorale, qui pourrait conduire à la dissolution, ni d’une loi sur la transmission du pouvoir exécutif qui aurait l’air d’une consécration légale de la république. Les chevau-légers ne tiennent pas plus de compte des plus pressans intérêts du pays que des engagemens pris par l’assemblée, car enfin il y a une série de résolutions par lesquelles l’assemblée s’est positivement engagée. Déjà l’an dernier, sous la présidence de M. Thiers, la première loi des trente faisait au gouvernement une obligation de présenter les lois constitutionnelles, dont l’une devait justement régler la transmission du pouvoir exécutif, et l’assemblée était si parfaitement décidée, qu’elle repoussait un amendement de M. de Kerdrel proposant d’ajourner la présentation de ces mesures jusqu’à la libération du territoire. L’acte constitutif du septennat n’a fait que confirmer ces engagemens en promettant la discussion prochaine de ces lois réclamées par le maréchal de Mac-Mahon lui-même. Est-ce qu’il est sérieux de proposer à une assemblée de se déjuger ainsi, de prétendre, par un caprice de parti, abroger toute une série de résolutions, uniquement pour se réserver les chances de l’imprévu, le droit de s’agiter dans un provisoire indéfini ? Les chevau-légers se font d’ailleurs d’étranges illusions. Si un prétendant devait profiter de l’imprévu, ce prétendant, selon toute vraisemblance, ne serait pas M. le comte de Chambord, et il serait curieux de voir des légitimistes préparer des chances à l’empire.

Le gouvernement réussira-t-il à vaincre cette obstination aveugle ou intéressée de certains partis ? Il le désire sans doute, il veut sérieusement, quant à lui, les lois constitutionnelles, et l’autre jour, dans un banquet donné aux maires de son département, M. le duc de Broglie insistait très vivement sur cette nécessité d’organisation. Malheureusement le ministère poursuit un dessein qu’on peut appeler contradictoire. Il veut les lois constitutionnelles et il s’obstine à vouloir les faire avec ceux qui les repoussent, qui ne seraient pas fâchés de les voir échouer, ou qui dans tous les cas ne prêtent leur concours qu’avec toute sorte de restrictions et d’arrière-pensées, en faisant des conditions. Qu’en peut-il résulter ? On s’expose tout simplement à faire une œuvre équivoque, indécise, entourée de telles atténuations qu’elle risque d’être affaiblie d’avance dans son autorité, dans son efficacité. Ce qui serait surtout un danger, ce serait de se prêter à cette pensée, fort en faveur parmi certains légitimistes, même parmi des légitimistes modérés, d’organiser ce qu’on appelle maintenant le septennat personnel.