Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/476

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À quoi cela peut-il bien ressembler ? Qu’est-ce que peuvent être des institutions faites pour une personne, si honorable, si élevée qu’elle soit ? Voilà donc des hommes qui sont royalistes, mais qui se disent en même temps libéraux, parlementaires, et qui s’occuperaient à refaire, à réhabiliter, quoi ? le gouvernement personnel ! Franchement, au lieu de se perdre dans toutes ces subtilités, que ne fait-on simplement des lois pour elles-mêmes, des institutions pour elles-mêmes, une organisation que le cours des choses pourra modifier, mais suffisante dès ce moment pour offrir au pays l’apparence et la réalité d’un régime sérieusement constitué ?

C’est là notre œuvre essentielle, et, il faut bien y songer, tout ce qu’on fera pour l’apaisement intérieur de la France à l’abri d’institutions régulières, on le fera dans la même mesure pour son crédit extérieur, qu’elle ne songe sûrement pas à reconquérir aujourd’hui autrement que par la paix, par le recueillement et le tranquille rajeunissement de ses forces. À quoi donc peuvent se rapporter les interpellations qui ont eu lieu ces jours derniers dans le parlement anglais et devant les délégations autrichiennes au sujet de troubles dont le continent serait ou aurait été récemment menacé ? Lord Derby et le comte Andrassy ont eu bien raison d’écarter le péril du moment, sans dissimuler, il est vrai, les dangers qui peuvent naître dans l’avenir de la situation respective des nations européennes. Assurément l’avenir est toujours réservé, et personne n’a le droit d’en disposer. L’avenir est à ceux qui sauront le préparer par leur constance et par leur sagesse. Pour le moment, il y a une chose bien sûre. S’il y a eu des menaces de troubles, ce n’est point évidemment de la France qu’elles sont venues. Ce n’est pas en France qu’il a été dit qu’on devait rester cinquante ans sous les armes. Ce n’est point à Paris que le roi d’Italie a eu à repousser des propositions en vue de guerres nouvelles. L’erreur de beaucoup d’hommes publics de l’Europe, de M. de Bismarck tout le premier, c’est de croire que nous sommes toujours en ébullition. Ils jugent la France d’aujourd’hui par la France d’autrefois, et ils se trompent. On peut être tranquille, la France n’a point la passion de se jeter dans la guerre. S’il y a des conflits, ce n’est pas elle qui les allumera. Elle sait et elle voit bien des choses dont elle ne parle pas toujours. Elle garde la foi en sa grandeur et son inviolable espérance ; mais elle a la volonté d’étonner le monde par sa patience. La France n’ignore pas que des désastres comme ceux qu’elle a éprouvés ne se réparent qu’avec le temps ; elle sait de plus qu’il n’y a pour elle qu’une manière de reprendre la place qui lui est due, c’est de mériter l’amitié de ses alliés par la sûreté de ses rapports, la confiance des peuples par sa courageuse sagesse. le reste, c’est la question de l’avenir.

M. de Bismarck a certes toute sorte de droits à prendre ce titre de « cocher de l’Europe » que l’impératrice Catherine décernait autrefois à