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L’ATLANTIDE.
I. — Les Atlantes, par M. Roisel, 1874 ; Oermer-Baillière. — II. L’Océan des anciens et les peuples préhistoriques, par M. Moreau de Jonnès, 1873 ; Didier.


Rien n’est mieux fait pour mettre à l’épreuve la sagacité des érudits et pour décourager leur patience que ces obscures traditions, concernant l’origine des races et les migrations des peuples préhistoriques, qui surnagent encore, épaves méconnaissables, après les naufrages qui ont englouti les littératures antiques. A mesure que la science contemporaine parvient à retrouver des débris d’information, à dérouler des papyrus oubliés et à déchiffrer les pages de pierre des monumens que le temps a respectés, les problèmes, loin d’être simplifiés, semblent se compliquer d’incertitudes nouvelles, de doutes imprévus, d’obscurités plus désespérantes. Le jour nouveau que les études de géologie, de paléontologie, de linguistique, répandent sur les âges primitifs n’a servi qu’à mettre en pleine lumière les contradictions et les incohérences des faits légendaires. Il s’agit maintenant de mettre d’accord les cosmogonies et les théogonies sans nombre que les fouilles mettent au jour à chaque pas, de débrouiller la filiation des cultes, de constater les héritages et les emprunts qui attestent la parenté ou le contact des races, de suivre à la piste les dieux et les héros dans leurs incarnations multiples. Pas d’hypothèse qui ne puisse s’étayer de preuves plus ou moins spécieuses, qui ne puisse invoquer un certain nombre d’analogies frappantes : c’est le chaos.

Il ne faut donc pas s’étonner de voir des chercheurs consciencieux, entassant preuves sur preuves, partir des mêmes données et arriver avec une égale certitude aux résultats les plus opposés. Nous en avons un exemple dans les deux livres que MM. Moreau de Jonnès et Godefroy Roisel viennent de publier, le premier sur l’Océan des anciens, le second sur les Atlantes. M. Roisel reprend le récit de Platon, relatif à cette île immense, située au-delà des colonnes d’Hercule, et qui un beau jour disparut dans l’océan ; il démontre que l’Atlantide formait comme un pont entre l’Amérique et le vieux continent, qu’elle était habitée par un peuple d’une culture fort avancée, et qu’elle a été le berceau de la civilisation, qui de cette île a rayonné sur l’ancien et le Nouveau-Monde. Pour M. Moreau de Jonnès au contraire, l’Atlantide gît, ensevelie sous les eaux, entre l’Europe et l’Asie, dans la mer d’Azof ; le littoral de la Mer-Noire a été le foyer principal d’un mélange fécond de la race blanche ou scythique du Caucase avec des hommes rouges et des hommes noirs venus de l’Afrique, mélange qui donna naissance d’abord aux Couchites basanés, puis aux Sémites et aux Aryens. Ce serait donc le bassin de la Mer-Noire qui aurait été le berceau des peuples modernes.

Dans cette hypothèse, une vaste mer recouvrait encore, quelques