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siècles avant Homère, la steppe moscovite, se reliant avec la Mer-Glaciale, la Baltique et la Caspienne. A une date plus reculée, la Russie entière était submergée par l’Océan-Scythique, qui pénétrait à l’est dans la Tartarie, tandis qu’à l’ouest il se perdait dans les marais de la Pologne et battait de ses flots les Carpathes. Un soulèvement a mis à sec la steppe et les contrées qui l’avoisinent, ne laissant subsister que des lacs et des marécages isolés dans les régions les plus profondes de l’ancien lit de l’Océan. Pendant cette période, les eaux de la Mer-Scythique ont dû plus d’une fois déborder sur le bassin de la Mer-Noire et causer les déluges successifs dont les légendes de tous les peuples ont conservé le souvenir : Xénophon en compte cinq. Ce serait à partir du XIIe siècle avant notre ère que l’Océan-Scythique aurait commencé à se dessécher ; sept cents ans plus tard, au temps d’Hérodote, l’ancien lit de cette mer était occupé par des groupes nombreux de populations, les unes nomades, les autres déjà sédentaires, et, cinq siècles après, ces nomades étaient devenus des peuples riches et commerçans.

L’expédition d’Osiris l’Égyptien, qui à la tête d’une nombreuse armée parcourut l’Asie, laissant partout des colonies et semant sur ses pas des germes de civilisation, serait, selon M. Moreau de Jonnès, le point de départ de la genèse historique des nations. Les Libyens qui s’établirent sur les bords du lac Méotide (de la mer d’Azof) et dans la Colchide formèrent le noyau des colonies couchites qui apparaissent plus tard dans l’histoire. Le rivage oriental du Bosphore cimmérien, habité par ces colons africains, dut s’appeler Libye, et le rivage opposé, habité par les Scythes, portait le nom d’Europe : là étaient les colonnes d’Hercule, le voyage d’Hercule n’étant qu’une version grecque de l’expédition d’Osiris ou de Dionysos, qui s’arrêta en présence de l’Océan-Scythique, croyant avoir touché aux extrémités de la terre, et y fit élever deux stèles pour marquer les bornes de son empire. Or en face des colonnes d’Hercule était située l’île Atlantide : elle s’est abîmée un jour sous les eaux par suite d’une action volcanique, et elle occupait probablement la place que tient aujourd’hui l’immense lagune appelée Mer-Putride, qui dépend de la mer d’Azof.

D’après Diodore, les Atlantes, dont il fait des Africains, étaient un peuple policé, d’une haute culture et gouverné par de sages lois, dont ils étaient redevables à leur roi Ouranos, Ce peuple périt presque tout entier dans la catastrophe qui fit disparaître l’île dans l’océan ; mais l’on voit un peuple congénère, les Hyperborées, survivre aux Atlantes et prolonger son existence jusque dans les temps historiques. Les Cimmêriens seraient un autre rameau détaché de ces populations couchites, qui s’expatria, et auquel il faudrait rapporter les Cimbres, les Celtes, les Ibères, etc. C’est dans les mêmes parages que M. Moreau de Jonnès place l’Athènes antédiluvienne dont parlent Platon, Strabon et Pausanias ; c’est là qu’il faut chercher l’empire des Amazones, qui faisaient