Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/486

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hypothèse comme la seule explication plausible de l’analogie entre la flore miocène de l’Europe centrale et la flore actuelle de l’Amérique orientale. L’examen comparatif des insectes qui vivent des deux côtés de l’Atlantique, celui des vertébrés vivans ou fossiles, confirme cette supposition.

Dans l’Amérique centrale, en Afrique jusqu’à l’Égypte, en Europe jusqu’à l’Étrurie, M. Roisel signale les restes d’une civilisation identique, et ces ressemblances singulières lui font soupçonner une communauté d’origine dont l’Atlantide aurait été le point de départ. « Là, dit M. Roisel, fut le foyer d’une vaste colonisation dont l’influence se fit sentir vers l’est comme vers l’ouest, et dont les effets resteraient inexplicables, s’il n’avait pas existé un peuple aussi nombreux que civilisé, précisément à la place que la géologie comme la tradition assignent à l’Atlantide. Cette grande nation fut mieux située que toute autre pour découvrir promptement le cuivre et l’étain, et le type spécial de ses armes se retrouve identique dans ses premières colonies. » Les populations de l’Amérique centrale ont gardé le souvenir d’une race de conquérans venus du côté de l’Orient, et les antiquités mexicaines révèlent une civilisation fort ancienne d’origine étrangère, qui par beaucoup de côtés rappelle celle de l’Égypte. Encore de nos jours les voyageurs sont frappés de la ressemblance qui existe entre les indigènes de l’Amérique et le type égyptien ; de là à voir dans les anciens maîtres de l’Amérique centrale et dans ceux de l’Égypte des colons atlantes, il n’y a pour M. Roisel qu’un pas. Il voit également dans les Phéniciens, les Ibères, les Protoscythes ou Couchites, et en général dans les anciens peuples de race plus ou moins rouge qui, au dire des historiens, se sont distingués par des qualités supérieures, soit des descendans directs des Atlantes, soit des peuples congénères colonisés par eux, et auxquels ils auraient enseigné l’usage du bronze, l’industrie métallurgique, l’agriculture, l’astronomie, enfin le dogme de la lumière, idée-mère des théologies anciennes. Les Atlantes auraient donc été les initiateurs, les grands instituteurs de l’antiquité, ils auraient exercé une sorte d’apostolat universel qui suppose chez ce peuple des connaissances merveilleuses et une culture extraordinaire. Ici la démonstration repose encore sur des rapprochemens plus ou moins vagues ; mais, quand M. Roisel entreprend de reconstituer les doctrines philosophiques et scientifiques de ce peuple légendaire, de ces positivistes antédiluviens, il s’engage dans le domaine de la fantaisie pure, et nous renonçons à l’y suivre. Quoi qu’il en soit, ces synthèses ont toujours le mérite de grouper les faits, de mettre un peu d’ordre dans les découvertes qui se pressent, et de préparer ainsi les voies aux solutions définitives.


C. BULOZ.