Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/591

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reviendrait. Je me souviens d’avoir vu un Cafre, pris de boisson, qui avait imaginé de démolir à coups de tête un mur en pierre de taille, s’élancer contre ce mur la tête la première comme un bélier, après avoir pris un élan de quelques pas ; les chocs qu’il recevait ainsi étaient effrayans, et en apparence suffisaient pour le tuer sur place, ce qui ne l’empêchait pas de recommencer.

Les Cafres qui travaillent au fond des claims trouvent souvent des diamans en piquant, c’est-à-dire en creusant avec le pic, car il est difficile qu’un gros diamant échappe dans des conditions pareilles à un œil exercé : ils le portent alors au maître ou au surveillant, qui leur donne une récompense, à moins qu’ils n’aient la certitude que personne ne les a vus le ramasser, ce qui influe beaucoup sur leur honnêteté. La terre diamantifère que les charrettes ont transportée sur les lieux où elle doit être triée est d’abord écrasée grossièrement par les hommes qui s’accroupissent en rond armés de bûches et qui la battent à mesure qu’elle est jetée par pelletées au milieu d’eux ; cette première opération a pour but de la séparer des pierres. On la passe ensuite à travers un tamis à mailles d’environ 15 millimètres de côté qui retient les coraux, que l’on rejette malgré les diamans qui peuvent s’y trouver, car la peine qu’il faudrait se donner pour briser ces pierres ne compenserait pas la perte de temps et d’argent occasionnée par ce travail. La terre est passée dans un second tamis à petites mailles de 2 à 3 millimètres pour la débarrasser de la poussière et la mettre en état d’être triée. On la verse alors sur des tables autour desquelles les hommes sont rangés avec des espèces de racloirs faits de morceaux de fer-blanc ou de débris de vieux seaux ; chacun plonge son racloir dans la masse et attire à lui une certaine quantité de terre, une forte poignée à peu près, que du même mouvement il étale de manière à voir d’un seul regard s’il s’y trouve des diamans. La sûreté de coup d’œil qu’on acquiert avec l’habitude finit par rendre ce travail beaucoup moins minutieux qu’il ne paraît au premier abord, à ce point que les nouveau-venus, en voyant le mouvement de va-et-vient continuel du bras, ne peuvent croire à la possibilité d’un triage fait aussi vite. Cependant il est difficile de laisser passer un diamant à moins qu’il ne soit très petit, car ce cristal, quoique ne jetant aucun feu à l’état brut et n’ayant aucune couleur, saute aux yeux d’une manière étonnante au milieu des terres et des graviers, et, chose remarquable, il est toujours pur, même dans la poussière, qui ne s’y attache jamais et semble le respecter. Malgré ces conditions favorables, les terres rejetées après le triage contiennent encore beaucoup de diamans, par la raison que les Cafres employés à ce travail sont plus occupés à bavarder qu’à regarder la table, et, par paresse ou par besoin