Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/597

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électrisés, — quelquefois même malgré la grande humidité, — que les roues des charrettes laissent échapper des auréoles de lumière ; les haches, quand on s’en sert, émettent des étincelles si fortes, qu’un de mes hommes, occupé un jour à fendre du bois, jeta son outil et se sauva épouvanté. Les peaux d’animaux, tigres, chacals, hyènes et autres, dont on se sert comme de couvertures, donnent la nuit, au toucher, de véritables éclairs, que l’on peut renouveler presque indéfiniment, comme si elles se rechargeaient aussitôt que dégagées. Les chiens, même vivans, produisent un phénomène semblable, mais plus faible et ne s’obtenant pas à volonté. Les échanges de fluide sont tels entre la terre et les couches supérieures, que par tous les temps, même les plus calmes, alors qu’il n’y a pas un nuage au ciel, on voit se former de nombreux tourbillons plus ou moins intenses, tantôt stationnaires, tantôt parcourant les plaines. S’il est vrai, comme on l’a prétendu, que là où les diamans sont abondans l’air est toujours fortement chargé d’électricité, ce pays doit être éminemment diamantifère, et l’on aurait la chance de découvrir de nouvelles mines en observant les endroits où ces tourbillons se forment avec le plus de régularité, comme dans la plaine située entre le New-Rush, Du Toit’s Pan et Old de Beer’s.

Outre les pluies accompagnées d’orages, la région des mines est sujette à être parcourue par des « tempêtes de poussière. » Le vent souffle alors avec une violence inouïe, déchirant et soulevant les tentes, renversant tout ce qui lui fait résistance, et entraînant des nuages poudreux d’une épaisseur telle qu’ils en sont littéralement opaques. Les mineurs sont alors forcés de cesser tout travail et de s’abriter contre ce gravier qui leur cingle le visage et le corps avec une force incroyable, et d’attendre que cet ouragan se soit calmé, ce qui n’a lieu qu’au bout de quelques heures. Cette poussière rouge et fine pénètre partout, s’attache à tout, et peut être considérée comme un des plus grands fléaux de cette contrée déjà si maltraitée.

Un phénomène singulier et inexplicable est la grandeur apparente des astres ; le soleil et la lune ont pour l’œil des dimensions considérables et semblent atteindre à leur lever et à leur coucher un diamètre au moins double du diamètre habituel. Ce jeu d’optique ne provient pas des vapeurs et molécules aqueuses tenues en suspension dans l’atmosphère, car en mer, où l’évaporation est plus grande qu’au-dessus d’un désert de sable, le même phénomène ne se reproduit pas. Sans en chercher l’explication, ce spectacle est d’une splendeur incontestable, et l’on comprend le respect superstitieux dont les peuples sauvages entourent l’astre roi, lorsqu’on voit son disque énorme descendre au milieu des brumes de l’horizon avec des teintes d’une richesse à désespérer les peintres.