Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/598

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Je termine ces remarques sur le climat par deux observations. 1° Les habitans de l’Afrique et des colonies, lorsqu’ils viennent en Europe, souffrent moins des premiers hivers que les Européens parmi lesquels ils vivent, de même que dans les colonies les Européens sont moins sensibles que les créoles aux premiers étés qu’ils y passent. De ce fait parfaitement connu, il semble résulter que le sang a la propriété d’emmagasiner le calorique pour ainsi dire, et de conserver très longtemps une température correspondante au milieu dans lequel il se trouvait. 2° A température égale au thermomètre, le froid est bien moins sensible sous les tropiques que sous les autres zones. Ainsi on a vu qu’aux mines le thermomètre descend à — 14 degrés centigrades environ, et cependant, malgré la rigueur apparente de ces hivers, aucun mineur ne fait de feu pour se chauffer, peut-être, il est vrai, à cause du prix élevé du bois. Quel que soit le motif de cette abstention, il n’en est pas moins constant qu’une population d’une quarantaine de mille âmes de tout pays et de tout âge, répartie entre les diverses mines, y vit en quelque sorte en plein air, sans autres abris que des tentes, et aux mines de rivières tous les Cafres qui allaient y chercher de l’emploi (je parle de 1870 et 1871, ne sachant pas si les choses ont changé depuis) couchaient à la belle étoile et sur la terre nue sans jamais se plaindre. Cette insensibilité relative ne provient pas de la chaleur antérieure conservée par le sang comme dans l’observation précédente, car les Anglais et les Écossais, quittant leur pays à la fin de l’hiver boréal pour arriver en Afrique au commencement de l’hiver austral, — les saisons étant opposées dans les deux hémisphères, — se montrent aussi peu frileux que les autres ; elle ne vient pas non plus, comme on pourrait le penser à tort, de l’activité donnée au sang par les travaux manuels, puisque maintenant la plupart des mineurs font faire les travaux durs par les Cafres et se réservent le triage des terres, qui n’est certes pas une besogne de nature à augmenter la circulation. Du reste, dans les montagnes de l’île de La Réunion, à l’établissement thermal de Salazie par exemple, où le thermomètre descend jusqu’à 2 degrés centigrades, et où je l’ai souvent vu à 3 degrés en 1861, les maisons, fort mal jointes, n’ont pas de cheminées, même celles destinées aux malades, qui y vont précisément en hiver, et personne n’y fait de feu et n’y porte de pardessus, sauf les Européens, qui ont l’habitude de ce vêtement ; bien plus, il n’est pas rare d’y voir des personnes prendre des bains de rivière matin et soir à la température citée plus haut ; j’en parle par expérience personnelle. Il est vrai que là, comme aux mines, le temps est toujours sec et calme, ce qui contribue puissamment à en atténuer la rigueur.