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de critiques. M. Carducci est l’auteur de quatre recueils : les Juvenilia, juvéniles moins par l’esprit du livre que par l’âge de l’auteur, qui a fait plus tard ses fredaines littéraires, — les Levia Gravia, mêlés, comme il le dit, et peut-étre plus qu’il ne le pense, de choses légères au milieu de pensées graves, — les Decennali, série politique dont la prétention est de rappeler un poème de-Machiavel portant le même titre, — — enfin les Nouvelles Poésies, qui, sauf deux ou trois pièces violentes, accusent une certaine maturité.


I.

M. Giosuè Carducci n’a pas eu souci du reproche adressé aux nombreux poètes de circonstance que compte la génération actuelle. Il ne se rend pas compte des différences qui séparent notre temps de celui de Leopardi ou de Manzoni ; il ne voit pas qu’il a derrière lui non plus une nation, mais un parti, et ce parti est précisément le souci, l’inquiétude, le trouble-fête de la nation. Cependant ses écrits, tout animés qu’ils sont de la passion du moment, prouvent un véritable talent, et de ces effusions républicaines, qui sont même quelque chose de plus, il restera sans doute des traits de satire, quelques mouvemens lyriques, dont le souvenir sera lié à celui de l’histoire de l’Italie contemporaine. L’ardeur politique répandue dans ses écrits n’est pas le seul grief de la critique contre M. Carducci : l’écrivain a un goût fâcheux pour les personnalités. En qualité d’étranger fort désintéressé dans la question, elles ne peuvent que nous déplaire, elles ne sauraient nous blesser ; mais notre regret est bien vif de retrouver dans la littérature d’un peuple désormais libre, d’un peuple ami, ces odieuses querelles où se reflétait l’abaissement politique d’autrefois. Et que signifie en effet de parler d’unité, d’Italie indivisible, si le démon de la discorde est toujours là, si les poètes se chargent de perpétuer l’esprit de cette vendetta littéraire ?

Serra est le nom de sa patrie, dans la maremme toscane, non loin de l’emplacement de la vieille Populonia, la ville étrusque, la cité des forgerons dont parle Virgile et d’où Rome tirait le fer pour soutenir son duel contre Carthage. Il se fait gloire d’être né dans ce pays sévère, au milieu de ces plages veuves de leurs anciennes cités, à l’ombre des vieux donjons féodaux qui du haut de leurs roches calcinées semblent veiller sur les nécropoles tyrrhéniennes au fond des bois. Il a entendu, dit-il, à l’heure silencieuse de midi, lorsque tout semble dormir dans la campagne inondée de soleil, la conversation des lucumons et des augures de, ses premiers ancêtres. Quand le