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trop des parens de comédie. La facture de cette toile est fine et serrée, mais un peu sèche, comme d’habitude. Le portrait de Mme V… est au contraire d’une facture presque grasse et surabondamment colorée pour ces petites dimensions. Le Matin d’été en revanche est d’une touche maigre et cassante, d’un coloris dur et d’un effet noirâtre. M. Berne-Bellecour, qui fait des progrès visibles, a encore beaucoup à faire pour arriver à peindre comme M. Meissonier ou comme M. Bonvin.

L’École des frères, de M. Bonvin, est un petit chef-d’œuvre comparable à tout ce que les Hollandais nous ont légué de plus ferme et de plus fin. De cette salle d’école aux murs jaunes, de ces rangées de pupitres où s’alignent des figures enfantines et populaires, de cet abécédaire péniblement épelé avec une baguette, de la figure médiocre et un peu vulgaire du maître, de tout cet ensemble modeste, de cette ordonnance ingrate et rebelle au pittoresque, l’excellent artiste a su tirer une composition claire, variée, animée, attachante, un tableau net, plaisant, lumineux, coloré, plein d’air et de perspective, et, qui plus est, un tableau sérieux sans l’ombre de caricature. Les modernes peintres de genre ont trop souvent l’habitude de donner le change au spectateur et de détourner son attention par quelques physionomies grotesques ou par quelques touches fantaisistes habilement jetées sur des toiles imparfaites dont ils espèrent ainsi dissimuler les défauts. Ainsi procède par exemple le très spirituel M. Simon Durand dans son Différend conjugal devant une justice de paix, M. Bonvin, quant à lui, n’a pas besoin de ces artifices, et il a trop le respect de son art pour condescendre à les employer.

Nous aurions encore beaucoup d’hommes de talent, beaucoup d’autres toiles à citer ; mais on se fatigue à voir cet interminable défilé d’objets connus et d’idées vulgaires. Le public bourgeois, qui s’y complaît, finit lui-même par s’en lasser ; il demande du nouveau, et l’on ne sait plus comment lui en fournir. Il faudrait inventer quelque chose, et la source de l’invention est tarie. Alors, faute de nouveauté véritable, nos artistes en cherchent du moins l’apparence : ils vont prendre au loin, soit en province, soit dans les pays étrangers, chez les nations encore à demi barbares, soit dans le passé, chez les peuples les plus antiques et dans les civilisations disparues, des costumes pittoresques, des types singuliers, des traits de mœurs étranges, toute sorte d’assaisonnemens de haut goût qu’ils adaptent, s’il est possible, à des scènes familières, pour réveiller la curiosité endormie et exciter l’imagination blasée du public. C’est ainsi qu’on a vu se produire tour à tour le tableau breton, le tableau alsacien, le tableau italien, espagnol, monténégrin ou palikare, le tableau africain, égyptien ou arabe, et enfin, dans ces