Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/691

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Les primeurs de M. César de Cock ne sauraient nous en consoler ; quoiqu’elles gardent toujours,

….. en leur jeune âpreté,
D’un fruit à peine mûr l’aimable crudité,


leur acidité aigrelette nous paraît presque fade en comparaison des saines et fortes saveurs de M. Chintreuil. ou reste M. de Cock se répète trop lui-même ; il serait temps qu’il abandonnât ses dessous de bois printaniers aux molles transparences pour affronter le grand air et le plein jour de la campagne. Il faut en dire autant de M. Pelouse, qui dépense un prodigieux talent à faire des tours de force qui ne sont pas des œuvres d’art. Sa vaste toile intitulée A travers bois ne représente qu’un fouillis de broussailles, presque de grandeur naturelle, peintes avec une habileté merveilleuse et une exactitude infinie de dessin et de couleur ; mais naturellement les lignes manquent, la lumière se disperse, et cet incroyable effort de précision aboutit à un effet de confusion. M. Pelouse, comme M. César de Cock, voit trop la nature par les petits côtés. A force de se noyer ainsi dans les détails et de les rendre avec cet amour minutieux, il lui arrive ce que les Allemands expriment si bien lorsqu’ils disent que « les arbres empêchent de voir la forêt. »

Passe encore pour les broussailles de M. Pelouse ; il a peint ce qu’il a vu, et il ne faut pas trop lui en vouloir. Ce qui est plus surprenant, c’est de rencontrer un défaut tout pareil chez un peintre de marine. S’il est un genre qui interdise d’être mesquin, c’est assurément celui-là. M. Lansyer le sait mieux que personne, lui qui a tant de fois rendu avec bonheur la grandeur et la liberté des horizons maritimes. Le voilà cependant qui fait comme M. Pelouse et pis encore, car la mer l’empêche de voir la côte, et la côte l’empêche de voir la mer. Dans son tableau des Brisans du Stang, il n’y a ni premiers plans ni horizon. C’est un tumulte incompréhensible de rochers sans solidité et d’eaux sans fluidité, de sorte qu’il est impossible de savoir si ce sont les vagues qui se brisent sur les rochers ou les rochers qui flottent sur les vagues. M. Masure, qui, après avoir passé des lacs italiens aux côtes de la Méditerranée, revient aujourd’hui de la Méditerranée à l’Océan, pour le rapetisser aux proportions méditerranéennes, ne donne à ses tableaux de la côte de Granville que des premiers plans bénins et sans grande vigueur ; du moins il ne s’amuse pas, comme M. Lansyer, à brouiller la terre et la mer et à intervertir les rôles entre les élémens.

C’est bien l’Océan dans toute sa tristesse et dans toute sa puissance que représente le tableau de M. Mesdag, la Mer du Nord, Les hautes lames furieuses arrivent en longues files sur une plage basse avec des transparences jaunes et limoneuses et des crêtes