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parle encore de mettre un prince prussien sur le trône d’Espagne. Que rapport peut-il y avoir entre les polémiques saugrenues des journaux allemands et l’incident espagnol ? Qu’y a-t-il de vrai dans la mission qu’on dit confiée au comte Hatzfeld ? Il serait curieux de voir M. de Bismarck, l’esprit encore tout fumeux de la victoire, s’embarquer dans cette aventure et offrir à l’Europe ce spectacle donquichotesque. Ainsi, au dire des nouvellistes qui savent tout, un Hohenzollern irait recommencer au-delà des Pyrénées le règne du prince Amédée. Comment finirait le nouveau règne, les Espagnols le savent. M. de Bismarck aurait peut-être ce jour-là rendu un vrai service à l’Espagne en réveillant le sentiment national, en lui donnant un but précis. Non, ce n’est pas cela, dit-on ; M. de Bismarck n’a pas envoyé M. de Hatzfeld à Madrid pour placer un prince prussien, il l’a envoyé pour négocier une alliance avec l’Espagne. Franchement c’est flatteur pour l’Espagne de compter dans les calculs de M. de Bismarck ; mais c’est aussi flatteur pour la France, car enfin après l’effroyable guerre qui a eu lieu c’est l’Allemagne qui se croirait en péril, tandis que la France reste sûrement fort paisible. Hélas ! elle a bien assez à faire pour le moment chez elle, et c’est là ce dont devraient se souvenir les partis qui se déchirent, surtout lorsqu’ils reçoivent un écho de tous ces bruits extérieurs.

CH. DE MAZADE.

L’ASSAINISSEMENT DES RIVIÈRES.

I. A. Ronna, Égouts et irrigations, Paris 1874. — II. A. Gérardin, Rapport sur l’altération, la corruption et l’assainissement des rivières, Paris 1874 ; Imprimerie nationale. — III. F. Fischer, Mémoire sur l’altération des cours d’eau, 1874.

Des eaux publiques dépendent la santé et la force des citoyens ; en laissant salir l’onde pure qui doit nous abreuver, on la rend perfide et meurtrière. Les rivières corrompues sont des véhicules de maladies et de mort, des instruments du déclin physique des habitans, des obstacles à l’accroissement de la population ; ce sont des veines où coule un sang impur.

L’altération des eaux courantes est invariablement due à une même cause : elles sont infectées par les égouts qui viennent y déverser les eaux industrielles et ménagères. Comme les capitales sont toujours bâties sur les rives de quelque fleuve, la rivière, qui est chargée de tant d’autres services domestiques, remplit par surcroît l’office de balayeur et de vidangeur, et il en résulte que l’eau est horriblement insalubre en aval des grandes villes. On sait l’odeur que répand à certaines époques la Tamise, qui reçoit le sewage (eau d’égout) de Londres ; la Sprée à Berlin, la Seine en aval d’Asnières, roulent des eaux impropres à l’alimentation. C’est bien pis encore pour les rivières d’un faible débit qui traversent des villes manufacturières ; on peut en nommer qui sont devenues un fléau public. La Vesle à Reims, la Mersey à Liverpool, l’Ir-