Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/718

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well à Manchester, sont dans ce cas. Le territoire anglais se trouve dans des conditions fatalement exceptionnelles par suite d’une accumulation excessive d’usines de tout genre sur des cours d’eau d’une étendue trop limitée. Il y a quelques années, l’autorité sanitaire de la ville de Wakefield reçut des habitans une lettre écrite avec une encre un peu pâle. Sans lui en demander la permission, disait la lettre, on adresse à l’autorité ces lignes écrites avec l’eau de la Calder, puisée aujourd’hui au point où débouche l’égout urbain ; on regrette que l’odeur qui règne en cet endroit ne puisse accompagner cette pièce comme supplément d’information. » Et Wakefield n’était pas la plus mal lotie parmi les villes où l’état des eaux publiques eût pu justifier cette plaisanterie tristement éloquente. L’Irwell, lorsqu’elle arrive à Manchester, après avoir desservi environ dix mille fabriques de toute sorte et charrié les immondices des villes et villages qu’elle a traversés, est, dit un rapport officiel, « infecte et noire comme le Styx. »

Aussi l’Angleterre fait-elle de grands efforts pour se débarrasser du fléau dont elle se sait atteinte : on la voit sans cesse perfectionner sa législation sanitaire, multiplier les enquêtes, multiplier les essais ; l’expérience qui a été ainsi acquise est précieuse pour nous éclairer et nous guider. Les innombrables tentatives entreprises par nos voisins ont surtout mis en lumière l’étroite corrélation qui existe entre le problème de la désinfection des rivières et celui de l’utilisation de l’engrais que les cours d’eau entraînent en pure perte à la mer. On comprend désormais que ce sont là les deux termes d’un seul et même problème, que l’emploi des eaux d’égout pour l’agriculture est le moyen naturel, le seul rationnel, le seul pratique, de protéger les cours d’eau contre les conséquences du voisinage des villes. C’est la conclusion à laquelle ont abouti les enquêtes entreprises par les commissions parlementaires de 1865 et de 1868, aussi bien que celle à laquelle se livre depuis 1868 l’Association britannique pour l’avancement des sciences. Les rapports publiés par ces commissions renferment les données les plus précises sur l’état des rivières infectées, sur l’efficacité relative des divers procédés d’épuration qui ont été adoptés ou essayés par les villes intéressées, enfin sur la valeur économique de ces procédés et notamment de celui des irrigations. Ces documens, qui éclairent d’un jour nouveau le problème de l’assainissement des villes et des cours d’eau, méritent d’être étudiés par nos conseils d’hygiène et par nos agriculteurs ; on les trouve reproduits ou résumés dans l’ouvrage que vient de publier M. Ronna sous ce titre : Egouts et irrigations.

La commission de 1865 s’est occupée plus spécialement de la Tamise et des rivières Aire et Calder, qui baignent les districts du Yorkshire, où prospère l’industrie des lainages ; les recherches de la commission de 1868 ont porté en même temps sur le bassin des rivières Mersey et Ribble, siège principal de l’industrie du coton. C’est dans ces régions