Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/721

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manière fort imparfaite, et que l’engrais que l’on se procure ainsi coûte trop cher.

Le vrai moyen de neutraliser le poison que les eaux impures introduisent dans les rivières, ces artères de la vie, c’est de les répandre sur les champs. Notre civilisation, vieillie et riche d’expérience, comprend enfin la nécessité d’une stricte économie sur les élémens de production et de fertilité : au lieu de laisser l’engrais s’en aller à vau-l’eau et se perdre dans la mer après avoir empoisonné les riverains, il est si facile de l’utiliser par l’irrigation des prairies, par la transformation de landes stériles en terres productives, en jardins maraîchers. Les eaux d’égout d’Edimbourg servent depuis plus d’un siècle à fertiliser d’immenses terrains sablonneux. Bon nombre de villes d’Angleterre et d’Ecosse ont définitivement adopté la méthode des irrigations en l’appropriant chacune à sa situation particulière ; dans l’Inde anglaise, Madras à suivi cet exemple en 1869. L’ouvrage de M. Ronna renferme sur les résultats de ces tentatives les détails les plus minutieux, et il faut ajouter les plus encourageans. Les expériences d’irrigation qui se poursuivent depuis cinq-ans dans la plaine de Gennevilliers, aux portes de Paris, ont été également couronnées de succès, et vont être appliquées sur une échelle beaucoup plus vaste. En Allemagne, les essais d’irrigation entrepris à Dantzig et à Berlin ont donné des résultats qui ne sont pas moins concluans. Les adversaires du système objectent que les terrains arrosés par les eaux d’égout dégagent des miasmes ; mais les rapports des commissions anglaises démontrent l’innocuité complète des irrigations, si elles sont bien conduites : il faut éviter qu’avant d’imprégner le sol les eaux sales ne circulent dans des canaux ouverts. Il faut éviter aussi de saturer le terrain par un excès de liquide et le débarrasser du trop-plein par un drainage convenable, comme le font beaucoup de fermes à sewage. Dans ces conditions, les eaux d’arrosage sont dépouillées de leurs impuretés au profit du sol, et l’eau ainsi purifiée trahit si peu son origine qu’on la préfère souvent aux eaux des puits. Les commissaires de 1868, MM. Frankland et Morton, sont convaincus que le succès des irrigations est dû en grande partie à l’effet simultané de la filtration par le sol, dont la conséquence est une oxydation ou combustion lente qui transforme les matières organiques en acide carbonique, eau et acide nitrique ; mais il faut que la superficie des champs d’irrigation soit proportionnée au débit des égouts. On peut admettre comme suffisante la proportion de 1 hectare par 250 habitans. Dans le cas où l’on ne dispose pas de terrains assez étendus pour absorber le sewage, on peut recourir au filtrage intermittent en faisant écouler le liquide sur un terrain drainé profondément et divisé en quatre parties dont chacune reçoit le sewage pendant six heures ; 1 hectare suffirait alors pour épurer le sewage de 5,000 habitans. Ce système est appliqué à Merthyr-Tydfil et à Walton, et il va l’être à Birmingham ; il est plus coûteux que