Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/767

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affectionnée à leur domesticité, je le veux, cela fait peu de scandale, et même c’est édification et honnêteté, suivant le radoucissement des mœurs présentes, qui se rapprochent de plus en plus de la nature. »


II

Les années d’enfance d’Henriette, d’Adélaïde et du dauphin n’étaient plus qu’un riant souvenir. Avec l’âge, les goûts avaient changé ; plus de joie bruyante, plus de fêtes de nuit prolongées jusqu’à l’aube, plus de bals ni de mascarades dans leurs appartemens. Ce n’est pas que la raison des princesses fût mûrie par la réflexion et par l’étude. Le dauphin, qui avait une instruction assez étendue, bien qu’irrémédiablement faussée par une étroite orthodoxie religieuse, ne pouvait faire qu’Henriette se prît d’une belle passion pour les livres, ni qu’Adélaïde demeurât un quart d’heure appliquée. Sans ses conseils et ses exhortations, les princesses auraient. été d’une ignorance honteuse. Les autres sœurs, élevées à Fontevrault, ne seront guère plus avancées quand elles reviendront à la cour. Ces filles de France étaient loin de posséder les élémens de l’instruction qu’on donne aujourd’hui aux plus pauvres enfans des écoles primaires. Plus d’une grande dame lettrée du XVIe ou du XVIIe siècle aurait souri de compassion. En dehors des arts d’agrément, elles n’ont jamais rien su. Plus tard, elles firent des entreprises de grande lecture, se mirent à la tâche, et vinrent à bout, dit-on, de lire des parties considérables de l’Histoire ecclésiastique de Fleury, de l’Histoire d’Allemagne du père Barre, bref des montagnes d’in-quarto. Qu’importe ? C’étaient de purs caprices de filles désœuvrées, car elles n’entendaient sûrement point ces ouvrages. De là une médiocrité d’esprit, une débilité d’intelligence qui les livra aux pratiques mesquines d’une dévotion peu éclairée, aux intrigues du clergé ultramontain, aux entreprises et aux menées des jésuites. L’ennui surtout pesa d’un poids immense sur ces existences mornes et stériles. Tous les matins, elles allaient voir le roi à son lever, lui baisaient la main, puis l’embrassaient ; elles se rendaient encore chez lui lorsqu’il revenait de la chasse ou de la chapelle les dimanches et fêtes. Dès 1746, Henriette et Adélaïde chassent le daim avec Louis XV, tous les cinq jours à peu près. Ce qu’on appelle leur éducation était terminé : la duchesse de Tallard avait remis Mesdames entre les mains du roi, à la grande joie des princesses, qui haïssaient leur gouvernante. Celle-ci les traitait avec indécence, les faisait attendre, si elle avait en tête quelque revanche au piquet, écrit Argenson, et laissa paraître à la fin une âme basse, et cupide. Les jours où elles ne chassaient point, les princesses