Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/77

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dans l’hérésie ne parût en public que marqué d’une croix de drap jaune : ce signe permettait de reconnaître les suspects et d’exercer sur eux une continuelle surveillance. Ce furent les crouzets. Raymond de Toulouse ne revint de Rome qu’après la prise de Montségur. Ce prince, véritable Hamlet méridional, comme le définit très bien M. Peyrat, forma toujours de vastes projets Sans jamais prendre une décision, si ce n’est à la male heure et quand ce qu’il allait faire ne pouvait qu’empirer la situation qu’il voulait sauver. Il survécut cinq ans à la ruine de sa dernière espérance, et Blanche de Castille, reine de fait pendant l’absence de son fils, parti pour l’Orient, eut avant sa mort, qui arriva en 1252, la satisfaction de voir enfin se réaliser l’espoir qu’elle avait si longtemps caressé. A la mort de Raymond, le comté de Toulouse passa à la maison de France en la personne de son gendre Alphonse, frère de saint Louis et mari de Joana, sa fille unique.

A partir de la chute de Montségur, l’histoire des albigeois n’est plus qu’un martyrologe. Saint Louis, revenu de la croisade, imposa des restitutions aux évêques et aux couvens scandaleusement enrichis par les confiscations, mais il était trop dévot catholique pour modérer la persécution proprement dite. La secte prolongea comme elle put sa tragique existence. On signale encore un synode cathare tenu à Saint-Saturnin vers 1254, où un patriarche, Vivian, fut encore nommé ; mais il alla se fixer en Lombardie, où beaucoup de faidits s’étaient réfugiés. Là, profitant de la lutte continuelle de l’empire et du saint-siège, l’église cathare, bien que proscrite officiellement, devait une tranquillité relative à la prépondérance du parti impérial. Des vengeances privées, sans intérêt historique, forment seules dans notre midi la contre-partie du traitement infligé par l’église triomphante aux débris de sa rivale abattue. En 1270, on surprenait encore des cathares venus pour prier et pleurer sur les ruines de Montségur. Le règne de Philippe le Bel, tout despotique qu’il fût, valut mieux pour les populations méridionales que celui de saint Louis. Il fit payer très cher ses bonnes grâces, selon son habitude, mais il refréna l’inquisition, poursuivit des évêques trop tyranniques, et chercha à substituer autant que possible la justice laïque aux tribunaux dominicains. Clément V, son pape d’Avignon, favorisa lui-même cette tendance. Toutefois Philippe ne voulut pas supprimer la terrible organisation de Grégoire IX. Il avait besoin pour la réalisation de ses desseins de ne pas laisser mettre en doute son orthodoxie. Plus d’une fois encore les sanglans arrêts de l’inquisition soulevèrent les populations indignées. Deux inquisiteurs furent encore massacrés dans le diocèse de Valence en 1321 ; mais on ne cite plus de grandes maisons fournissant encore des martyrs au catharisme ; ses adhérens ne se recrutent plus que dans les classes