Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/787

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


grand nombre de mémoires du dernier siècle, des plus curieux sans doute, ne sont pas et ne seront peut-être jamais publiés. Pour tout remettre en question, il suffirait d’une lettre inédite. Qui sait ? Puis, quoi qu’on en dise, on ne découvre jamais tout. Dans l’état de nos connaissances, accuser d’inceste les filles de Louis XV, c’est les calomnier. Cela ne veut pas dire que la tendresse du père ne se soit pas quelquefois égarée. Rappelons-nous que vers 1749 le roi avait pris l’habitude de faire revenir Mesdames le soir dans les cabinets pour une espèce de retour de chasse. Sans songer nullement au duc d’Orléans ni à sa fille, la duchesse de Berry, il est permis d’imaginer que la tenue des convives parut quelquefois libre aux valets ; mais on s’aimait d’un cœur si vrai dans ce petit monde, avec tant de joie et de jeunesse, qu’on ne pensait seulement pas à mail Ces charmantes familiarités entre les pères et les filles ont beau n’être plus dans les mœurs, elles sont dans la nature. Qu’on aille au fond des choses, on reconnaîtra ici en dernière analyse un cas particulier de la grande loi d’affinité qui rapproche, attire les sexes différens. Si la sœur ne voit pas sans déplaisir l’affection de son frère pour une autre femme, si la mère pardonne rarement à l’épouse de lui avoir ravi le cœur de son fils, comment le père ne serait-il pas jaloux de sa fille ? A en croire Mme Du Hausset, qui rapporte une conversation de la Pompadour, « il n’y avait point de supplice auquel le roi n’eût condamné un homme qui aurait séduit une de ses filles. » Adélaïde, on l’a dit, eut un éclair de beauté : à cette époque, paraît-il, un seigneur osa lever les yeux sur elle. La colère du roi fut terrible ; le seigneur reçut l’ordre de s’éloigner de la cour pour quelque temps. Le récit de Mme Du Hausset est sans doute identique avec celui que fait Argenson (mars 1752) : il s’agit d’un jeune garde du roi « très beau et bien fait » auquel Adélaïde avait envoyé une tabatière avec ce billet : « ceci vous sera précieux ; on vous avertira bientôt de quelle main il vient. » Le jeune garde était une âme simple et candide : c’était en vain qu’il avait respiré l’air de la cour la plus polie. Il courut porter la tabatière au duc d’Ayen, son capitaine. Instruit de l’aventure, le roi envoya son garde au bout du royaume, avec une pension de 4,000 livres ; la princesse avait alors vingt ans, et l’on était au printemps. Déjà en 1748, quand Adélaïde eut la petite vérole « à quatre ailes, » les assiduités du prince de Conti, qui s’était enfermé avec elle, donnèrent lieu à des propos que le duc de Luynes déclare « absolument faux. » Quelles qu’aient été les intentions du prince, il paraît n’avoir pas été bien traité : il passa dans le parti de la Pompadour. Pour épuiser la chronique fort peu scandaleuse, on en conviendra, de Madame Adélaïde, il resterait à parler des amoureux bizarres qui l’adorèrent pour avoir vu son portrait et n’hésitèrent pas à demander sa main.