Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/803

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Louis XVI : il en sortait pensif et très sérieux. Un jour, la reine entra tout à coup : « Vous n’êtes pas de trop, madame, dit Adélaïde, il est question de sauver l’honneur du roi, le vôtre, et la nation du danger qui les menace. »

La bonne princesse Victoire avait des mœurs infiniment plus douces : elle se promenait dans les allées anglaises du parc de Bellevue, elle causait avec ses dames, caressait ses chiens, et s’assoupissait légèrement pendant qu’on lui faisait la lecture. Elle avait aussi une bergerie, une laiterie, une ferme, une basse-cour, et elle prenait un plaisir extrême à regarder traire les vaches ou à écouter le bêlement des agneaux : aussi bien c’était la mode alors. Pourtant, si elle ne le disait elle-même, on n’imaginerait jamais en quelles aventures romanesques la poétique du temps jetait une personne d’aussi grand sens.


«… Vous savez que j’ai passé toute la nuit du jeudi au vendredi dans le jardin, écrit-elle à la comtesse de Chastellux le 7 août 1787. Oh ! que le soleil était beau à son lever, et quel beau temps ! Je me suis couchée cependant à huit heures du matin, après avoir déjeuné avec une soupe à l’oignon excellente et une tasse de café à la crème. Je n’ai ressenti aucune incommodité de cette jeunesse. Oh ! comme tu m’aurais grognée ! Mme de Mesmes y a été d’une humeur charmante ; je me suis réellement amusée du beau temps, de la belle lune, de l’aurore et du beau soleil, ensuite de mes vaches, moutons et volailles, et du mouvement de tous les ouvriers qui commençaient leur ouvrage gaîment… VICTOIRE. »


La révolution fut le coup de tonnerre, précurseur de l’orage, qui, comme dans les idylles, dispersa moutons, bergers et bergères jusqu’aux grottes prochaines, mêla le fracas de la foudre aux grêles sonneries des vaches effarées, et d’une pastorale de Florian fit une tragédie de Marie-Joseph Chénier. Les journées d’octobre décidèrent Mesdames à quitter la France ; elles ne pouvaient qu’aller à Rome. Dans les conversations de la vicomtesse de Bernis, nièce du cardinal, elles avaient appris à connaître un peu l’Italie et surtout la ville sainte ; on leur avait vanté la douceur du climat, l’aménité des caractères, l’agrément de la société. Comme au bon temps, l’ancien abbé de Bernis faisait toujours sa cour aux princesses : de Rome il leur adressait des agnus, des reliques, de superbes chapelets de jaspe sanguin montés en or ; elles savaient avec quelle magnificence, digne de l’ancienne cour, elles seraient accueillies par le dernier favori de Madame Infante.

Le récit des troubles très graves que le bruit du départ de