Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/818

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


fournissent un grand nombre de ces livres liturgiques slavons qui pénètrent jusque parmi les Slaves de la Turquie. Quelques monastères doivent à leur position des occupations spéciales : Solovetsk, placé dans une île de la Mer-Blanche, a des moines marins et transporte ses pèlerins sur ses propres bateaux à vapeur. Les grandes laures sont le siège des académies ecclésiastiques ; beaucoup de couvens possèdent des écoles, quelques-uns des hôpitaux. S’ils ne rendent pas toujours à la société des services immédiats, on voit que les monastères russes ne sont pas toujours oisifs et inutiles. L’opinion forcera l’église et l’état à être pour eux de plus en plus exigeans, si toutefois on laisse subsister assez de moines pour leur permettre des loisirs en dehors du service du culte.

Nous ne dirons que quelques mots des couvens de femmes. Moins nombreux que les couvens d’hommes, ils sont d’ordinaire plus peuplés : au premier abord, les statistiques officielles semblent indiquer deux fois moins de religieuses que de religieux ; à y bien regarder, on voit que dans les cloîtres le nombre des femmes égale et dépasse celui des hommes. La loi ne les admettant aux vœux monastiques qu’à quarante ans, la statistique ne compte comme religieuses que les filles ayant dépassé cet âge. Les règlemens qui interdisent aux jeunes filles la profession monastique ne leur défendent pas l’entrée du cloître. Elles y vivent comme novices ou aspirantes et restent libres de rentrer dans le monde et de s’y marier. Beaucoup, préférant cette liberté, vieillissent au couvent sans faire de vœux. Ces novices ou sœurs laies sont ainsi plus nombreuses que les religieuses professes dont elles partagent la vie. Il peut sembler bizarre d’exiger pour des vœux monastiques quarante ans d’un sexe alors qu’on n’en demande que trente à l’autre. Indépendamment du désir de laisser la vie de famille toujours ouverte aux jeunes filles, il y a là vis-à-vis de la femme, de ses engouemens et de sa mobilité, une précaution d’autant moins excessive que l’église orthodoxe n’a point de couvens admettant des vœux temporaires. L’état y supplée en imposant un long noviciat ; c’est pour des raisons semblables que dans l’église catholique la cour de Rome accorde aujourd’hui plus difficilement son approbation aux congrégations de femmes qui exigent des vœux perpétuels.

Par leur défaut de spécialité et de groupement, les couvens russes des deux sexes ont une naturelle analogie ; par leur composition et leur mode de recrutement, ils présentent un remarquable contraste. Le clergé, qui fournit plus de la moitié des moines, ne donne guère que le demi-quart des religieuses. La noblesse et les classes libérales apportent aux couvens de filles un contingent presque aussi élevé que celui des familles sacerdotales. La raison en est simple :