Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/835

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de leur éducation. Dans ces esprits ulcérés et impatiens de toute autorité, la réaction contre les doctrines traditionnelles va parfois jusqu’aux dernières extrémités. On a remarqué qu’au XVIIe siècle les philosophes les plus téméraires et les plus violens révolutionnaires étaient sortis des écoles du clergé : en Russie, le séminariste libre penseur, athée ou nihiliste, niveleur ou socialiste, est un type fréquent, rendu par le roman presque banal. On a souvent parlé des prétendus périls sociaux de la Russie, de la révolution qui gronde déjà au-dessous de l’autocratie ; si elles ne sont chimériques, ces craintes ou ces espérances sont singulièrement prématurées. Veut-on cependant découvrir en Russie une classe de mécontens naturels, une classe révolutionnaire, rêvant par situation le renversement de l’ordre social, c’est parmi les fils de popes qu’il faudrait la chercher. Dans ce pays, où il n’y a point encore de prolétariat ouvrier, ils forment une sorte de prolétariat intellectuel. Parmi eux se rencontrent à la fois des déclassés et des parvenus animés d’une même antipathie contre les anciennes supériorités de naissance ou de fortune. C’est à ces fils de popes, nombreux dans l’administration inférieure, qu’il faut en grande partie faire remonter l’esprit radical et niveleur qui anime souvent la bureaucratie comme la presse russe. Singulière situation où l’existence du pope a fait aboutir l’église ! ses séminaires sont devenus un foyer de radicalisme, et les fils de ses prêtres les apôtres de la révolution.


III

Le bien de l’état et le bien de la religion réclament également la réforme de l’église et une meilleure situation du clergé. Le gouvernement a montré le prix qu’il attachait à cette œuvre en suivant pour elle une marche analogue à celle qu’il avait adoptée pour l’émancipation des paysans. Dès 1862, il formait dans ce dessein une commission composée des membres du saint-synode et de quelques hauts fonctionnaires. Le programme indiqué était vaste ; les recherches devaient porter sur quatre points principaux : amélioration de la situation matérielle du clergé, augmentation de ses prérogatives, accroissement de sa participation à l’instruction populaire, ouverture à ses enfans de toutes les carrières civiles. Pour faciliter les travaux, il fut créé dans chaque diocèse une sous-commission encore en fonction. Ces études, poursuivies pendant plus de dix ans, n’ont pas encore produit tout ce qu’on en avait espéré : elles n’auront cependant pas été sans résultat. Il en est sorti d’importantes mesures dont plusieurs commencent à entrer en voie d’exécution.