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d’Angleterre. L’expérience n’est-elle pas instructive ? Elle donne la mesure de l’effet des climats, une légère variation de couleur ; elle montre que des milliers d’années ne sont pas nécessaires pour apercevoir l’action des agens physiques.

Notre dessein n’est point d’examiner toutes les races de mammifères domestiques ; à des degrés divers, elles reproduisent les phénomènes dont nous venons de signaler de nombreux exemples. Sur l’espèce chevaline, l’art de l’homme s’est exercé de temps immémorial de la façon la plus heureuse et la plus brillante. Répandu dans l’univers presque entier, l’animal a pris suivant les lieux, l’alimentation et les soins, des formes tantôt sveltes, tantôt massives, il a gagné des défauts ou acquis des qualités. De proportions particulièrement belles et gracieuses en Arabie, le pays d’origine d’après l’antique croyance, le cheval est devenu énorme sur les riches pâturages de certaines contrées de l’Europe, de taille exiguë dans des régions très humides, comme les îles Shetland, l’archipel de la Malaisie, les parties méridionales de l’Inde. Par le choix incessant des reproducteurs, on a obtenu l’amélioration des races, néanmoins il ne faut pas perdre de vue que fatalement les types s’altèrent bientôt en changeant de territoire. Il n’a sans doute pas été possible de conserver des chevaux de haute stature à Java ou à Timor. Qu’on mette le cheval du Perche dans une autre province, disait dernièrement un membre de la Société centrale d’agriculture [1], et il ne sera plus le cheval percheron. C’est qu’il s’agit simplement de variations de volume ou de dégénérescences qui se produisent sous l’influence de l’alimentation et du climat. Si l’on vient à comparer quelques chevaux des races les plus distinctes, au premier abord on sera surpris des différences ; en rapprochant de nombreux individus de tout pays on s’étonnera peut-être de l’impossibilité d’une démarcation quelconque. Malgré les efforts de l’homme, malgré les conditions d’existence infiniment variées, les races de chevaux n’affectent nullement les signes d’espèces particulières. Chacun en juge aisément : le cheval et l’âne sont deux espèces très voisines du même genre ; jamais des chevaux n’ont offert de dissemblances comparables à celles qui existent entre les deux espèces.

Les bœufs qui travaillent et les bœufs qui ne travaillent pas n’ont ni la tête, ni les membres également développés. De même qu’en voyant un forgeron et un danseur, personne n’impute à l’origine chez le premier la force du bras et chez le second la vigueur des jambes, le zoologiste ne saurait se méprendre sur la nature des modifications qu’il observe entre le magnifique taureau de la Campanie et la bête de Durham, outrageusement déformée pour la plus

  1. M. Gayot.