Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/91

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


doute les faits que l’on devait invoquer ; mais il fallait les soumettre à une analyse plus précise et plus approfondie. Voilà pour la force au dedans de nous-mêmes ; il s’agit de savoir si elle existe aussi en dehors de nous : le dynamisme psychologique est-il une exception, une contradiction dans l’univers ? ou plutôt n’est-il pas un cas particulier du dynamisme universel ? Ici l’auteur invoque, pour prouver le dynamisme de la matière, les faits suivans, déjà mentionnés : l’action exercée par le monde extérieur sur notre âme, l’impossibilité de concevoir un corps sans lui prêter au moins l’attribut de l’impénétrabilité, le fait de la pesanteur qui m’impose un effort proportionné à la tension du poids, toutes les actions physiques et chimiques, qui toutes paraissent homogènes avec la pesanteur, puisque cette action est toujours comparable à celle d’un poids, puisque la chaleur, la lumière, l’électricité, sont des agens mécaniques, c’est-à-dire des causes de mouvemens ou d’équilibre, et par conséquent des forces. Tous ces faits nous prouvent que le monde est un vaste dynamisme, un système de forces, et que sa réalité n’est que son activité.

Ainsi la force est un élément substantiel et réel, soit au dedans, soit en dehors de nous ; il s’ensuit, d’après ce qui a été dit plus haut, que l’étendue est une notion subjective dont il ne s’agit plus que d’expliquer l’origine. L’étendue est perçue par deux de nos sens, par la vue et par le toucher. Il y a donc deux étendues, une étendue tactile et une étendue visible ; l’une et l’autre, pour être perçues, supposent trois conditions, une cause physique, une cause physiologique, une cause psychologique : d’abord le contact d’un corps extérieur, puis la transmission d’une certaine impression au cerveau par le moyen des nerfs, enfin la perception de cette impression par l’âme. Or nul contact sans une certaine action du corps extérieur sur nos organes, nulle impression physiologique sans une certaine action et énergie propre des nerfs, nulle sensation sans un certain degré d’attention. La perception de l’étendue n’est donc que la résultante d’un certain conflit de forces. Dès lors pourquoi n’admettrait-on pas que l’étendue n’est autre chose que le produit de la réaction de l’âme contre l’action des forces extérieures, en un mot qu’elle n’est qu’une intuition psychologique ? C’est là une vérité aujourd’hui démontrée pour chacune de nos sensations. Il est établi que la saveur, la couleur, l’odeur, ne sont que les réactions de chaque système de nerfs (optique, gustatif, olfactif), et il ne s’agit que d’assimiler l’étendue aux autres sensations. Ajoutez à cela que, la lumière étant reconnue d’un commun accord comme phénomène subjectif, comment n’en serait-il pas de même de l’étendue, qui l’accompagne nécessairement et qui en est en quelque sorte le support ? L’expérience,